Liban : L’affaire des fosses prend de l’ampleur

"C’est un sujet extrêmement douloureux et j’ai demandé que le comité international de la Croix-Rouge (CICR) suive de près cette tragédie. Nous voulons découvrir toute la vérité", a indiqué M. Siniora dans des déclarations à la presse.
Une trentaine de corps ont été exhumés samedi et dimanche de deux fosses communes situées à proximité du village d’Anjar, frontalier de la Syrie, où l’armée syrienne avait établi le QG de ses services de renseignement jusqu’à son retrait du Liban en avril.
Le procureur général Saëd Mirza a indiqué qu’une partie des ossements "étaient ceux de femmes et d’enfants" et qu’il avait demandé au CICR de participer à l’enquête.
Il a également indiqué que le Liban n’hésiterait pas à faire appel à une expertise internationale pour identifier les corps et connaître les circonstances et les dates des décès si cela s’avérait nécessaire.
Sur ordre de la justice, les restes des corps ont été transportés à Beyrouth pour être examinés par des médecins légistes.
"La découverte du charnier est une chose terrifiante qui reflète le degré des souffrances endurées par les Libanais" pendant les années de guerre (1975-90), a estimé le représentant de la Commission européenne au Liban, Patrick Renaud.
Amnesty International a pour sa part appelé mardi les autorités libanaises à prendre des "mesures immédiates pour s’assurer que les indices se trouvant sur le site soient sauvegardés et les victimes identifiées, afin d’amener les auteurs soupçonnés de ces crimes devant la justice".
Critiquant les méthodes employées pour déterrer les corps, Amnesty a réclamé que "les enquêtes soient par la suite conduites conformémemnt aux critères internationaux, notamment ceux de l’Onu.
Les travaux d’exhumations ont été menés à la pelleteuse, le public et les journalistes ont eu accès aux sites et certains ont pu manipuler les ossements, ont constaté des photographes de l’AFP.
"Durant la guerre, des violations massives des droits de l’Homme ont été commises avec impunité, incluant des enlèvements et des +disparitions+ de civils Libanais, palestiniens et étrangers, par les différentes milices ainsi que par les forces armées syriennes et israéliennes", a tenu à rappeler Amnesty, dans un communiqué.
Ghazi Aad, président de l’association de Soutien aux Libanais en détention ou en exil (Solide), s’est rendu à Anjar, où il a réclamé "une commission d’enquête internationale pour faire la vérité sur l’identité des personnes enfouies dans les fosses communes".
Plusieurs ONG s’occupant des dossiers des disparus, estimés à 17.000 personnes, ont appelé à un rassemblement lundi.
Des hommes politique ont pointé le doigt vers la Syrie dont les services de renseignement sont déjà mis en cause dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri le 14 février. Les formations prosyriennes observent un mutisme qui illustre leur embarras.
Le député Akram Chouhayeb, proche du chef druze antisyrien Walid Joumblatt, a affirmé que "la responsabilité de ce charnier incombe à ceux qui avaient la haute main sur la région notamment à Anjar", dans une allusion à l’armée syrienne.
Le Courant du Futur, majoritaire au parlement et dirigé par le député Saad Hariri, a estimé que "les allégations syriennes qui ont suivi la découverte du charnier étaient de la poudre aux yeux".
Damas avait indiqué que les corps pourraient être ceux de victimes d’affrontements libanais ou inter-palestiniens, qui remontent aux débuts de la guerre alors que l’armée syrienne n’était pas encore au Liban.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *