L’incursion turque continue au Kurdistan

L’incursion turque dans le Kurdistan, la seconde en trois mois, menace de déstabiliser la seule région d’Irak épargnée par la violence depuis 2003 et de provoquer des troubles qui s’étendraient à la Syrie et l’Iran voisins. Ankara a lancé une nouvelle offensive dans les zones montagneuses du nord de l’Irak afin d’y pourchasser les combattants séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui luttent pour une autonomie dans le sud-est de la Turquie depuis 1984. L’armée turque a affirmé avoir tué lundi 41 rebelles du PKK. Il s’agit de la seconde incursion confirmée par Ankara depuis que le gouvernement a obtenu en octobre le soutien du Parlement pour mener des opérations en Irak contre le PKK. Ankara avait mené une incursion similaire ayant duré quelques jours en décembre. «La Turquie doit comprendre qu’une telle démarche créerait des troubles dans la région», avait déclaré le porte-parole du gouvernement irakien à Bagdad, avant la première incursion. Il avait averti que la présence de milliers de soldats turcs en territoire irakien déstabiliserait «non seulement la seule région encore sûre d’Irak mais le pays tout entier et l’ensemble de la région».
Les tensions se sont exacerbées à la suite de la mort le 21 octobre de 12 soldats turcs dans une embuscade. Nechirvan Barzani, le Premier ministre du gouvernement régional autonome du Kurdistan, avait averti à l’avance qu’une frappe turque constituerait un « désastre» pour tout le monde excepté le PKK. Elle «ralentira notre marche pour la paix, la démocratie et la prospérité et l’armée turque sera enlisée dans une lutte sanglante et vaine contre le PKK hors de ses frontières», avait-il dit. «Les Etats-Unis et les alliés occidentaux seront brouillés avec un allié vital de l’OTAN et les économies et peuples de la région -notamment en Turquie, en Syrie, en Iran et en Irak- en pâtiront», avait ajouté Barzani. Il avait proposé des négociations impliquant son gouvernement, Ankara, le pouvoir central à Bagdad et Washington. Mais Ankara refuse de parler aux Kurdes irakiens, les accusant d’aider le PKK. L’autonomie dont jouissent les quelque cinq millions d’habitants du Kurdistan d’Irak a suscité l’espoir parmi les communautés kurdes en Iran, en Turquie et en Syrie et toute instabilité dans cette région se répercuterait probablement sur ces trois derniers pays.
Depuis leur alliance avec Washington durant la guerre du Golfe en 1991, les Kurdes d’Irak ont réussi à renforcer leurs liens culturels, linguistiques et économiques avec les Kurdes en Iran, en Turquie et en Syrie.

• Jay Deshmukh (AFP)

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