L’Irak à la loupe des inspecteurs

Les inspecteurs de l’ONU ont entamé, depuis hier mercredi, une nouvelle série d’inspections des sites irakiens présumés de fabrication d’armes de destruction massive. Les inspecteurs se disent pleinement conscients de leurs responsabilités, alors que la communauté internationale multiplie les appels pressants à Baghdad pour coopérer totalement avec la mission onusienne.
Mais il n’y a pas que l’Irak qui fait l’objet de recommandations pressantes. Les milieux conservateurs américains ont entamé une campagne pour mettre la pression sur le chef des inspecteurs de l’ONU, Hans Blix, dont ils craignent qu’il soit trop conciliant avec l’Irak. Le «Wall Street Journal» a inauguré cette campagne en publiant une tribune au vitriol contre l’ancien ministre des Affaires étrangères de Suède. L’auteur de l’article, Gary Milhollin, président d’un institut de lutte contre la prolifération nucléaire, affirme que durant son mandat à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), M. Blix avait juqu’en 1990 qualifié d’exemplaire la coopération de Baghdad avec les experts de l’AIEA, alors que l’Irak poursuivit son programme nucléaire sous leur nez. Il accuse également M. Blix d’avoir, bien que sachant que l’Irak possédait des quantités importantes d’uranium enrichi justifiant des inspections toutes les trois semaines, limité ces inspections à deux fois par an. Le «Wall Street Journal» rappelle que l’administration Clinton avait tenté en vain de s’opposer à la nomination de M. Blix. D’autres conservateurs s’associant à cette cabale accusent le chef des inspecteurs de l’ONU d’avoir «un peu fermé les yeux sur des choses qu’il n’aurait pas dû ignorer». «On sait très bien à Washington comme ailleurs que M. Blix, lorsqu’il était à la tête de l’AIEA, avait publié des rapports officiels erronés sur des situations de diversion de la matière fissile pour des programmes nucléaires militaires en Corée du Nord, en Iran et ailleurs. Et, il y a des gens qui craignent qu’il agisse encore de la même manière dans les circonstances actuelles. Ce sont des choses à ne pas oublier», disent-ils.
Ce n’est pas l’avis de deux ex-inspecteurs de l’ONU qui estiment que la nouvelle mission onusienne est capable de réussir dans sa mission et de freiner les envies de guerre de l’administration Bush. Il y a cependant plusieurs conditions nécessaires: d’abord que les Irakiens fassent preuve de bonne foi, mais aussi que le Conseil de sécurité reste uni, que les Américains fournissent des renseignements, notamment, satellitaires, que l’on double au moins le nombre des inspecteurs et que l’on puisse efficacement interroger des responsables irakiens hors de leur pays. Au moins une de ces conditions n’est pas actuellement réunie. L’unité du Conseil de sécurité sur l’Irak a, en effet, volé en éclats sur la question du renouvellement du programme humanitaire «pétrole contre nourriture».
Le renouvellement pour six mois supplémentaires de ce programme, destiné à limiter l’impact de l’embargo sur la population civile irakienne, devait être une formalité. Au lieu de cela, le seul accord qui a pu se faire a été la prolongation de neuf jours de ce programme.
L’intransigeance curieuse des Etats-Unis exigeant que soient ajoutés des articles à la liste des produits dont l’importation en Irak est interdite a fait voler en éclats le consensus qui caractérisait les quinze membres du Conseil de Sécurité. Washington et Londres se retrouvent une fois de plus isolés face à la totalité des autres membres du Conseil : «C’est un très mauvais message à envoyer à Baghdad, et au plus mauvais moment, alors même que les inspections reprennent», a commenté un diplomate. «Nous avons assisté à une démonstration de l’entêtement du secrétaire d’Etat américain à la Défense, Ronald Rumsfeld», a confié un autre diplomate dont le pays est membre du Conseil de sécurité. Loin de la diplomatie, sur le terrain des opérations, l’Irak a affirmé avoir tiré encore mardi des missiles sol-air et riposté à la DCA contre des avions de combat américains et britanniques qui effectuaient des raids sur le Nord et le Sud du pays.
Des incidents quasi-quotidiens opposent l’Irak aux bombardiers de ces deux pays qui survolent ces deux zones d’exclusion aérienne, qui n’ont fait l’objet d’aucune résolution de l’ONU et que Bagdad ne reconnaît pas.
Washington estime même que la riposte irakienne constitue une «violation patente» de la résolution 1441 sur le désarmement de l’Irak, ce que les autres membres du Conseil de sécurité rejettent catégoriquement. Enfin, les chefs des forces aériennes et terrestres américaines, ainsi que le général qui dirige le commandement central, se trouvent actuellement dans le Golfe.

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