L’Irak deviendrait-il un Afghanistan bis ?

L’Irak deviendrait-il un Afghanistan bis ?

L’Irak est en passe de devenir ce que l’Afghanistan a longtemps été : une terre de Jihad. En effet, ce pays en proie à la violence est devenu pour les volontaires internationaux de la cause islamiste l’endroit pour combattre directement l’Amérique. Partout en Europe et dans les pays arabes, les filières de recrutement se précisent. En témoigne cette filière irakienne demantelée lundi soir à Paris, opération qui a débouché sur l’interpellation de sept personnes. Ces arrestations ont été effectuées dans plusieurs lieux du XIXème arrondissement de Paris, où des jeunes liés aux milieux islamistes radicaux se réunissent, ont affirmé des sources policières à l’AFP. Elles sont, rappelons-le, l’aboutissement d’une enquête de longue haleine et qui avait été ouverte en France après la mort, en Irak, de plusieurs jeunes Français enrôlés parmi les combattants de la « guerre sainte ». Les arrestations françaises ne sont pas les seules en Europe. En décembre dernier déjà, la police allemande a arrêté en Allemagne un Irakien de 30 ans soupçonné d’appartenir à l’organisation terroriste « Ansar al-Islam », et accusé d’avoir organisé des filières d’acheminement de volontaires. Ces arrestations remettent en plein jour une situation de plus en plus inquiétante que connaît l’Irak. En effet, au cours des derniers mois, des combattants étrangers ont été régulièrement signalés dans les rangs de la guérilla.
L’exemple le plus éloquent n’est autre que le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, pour la capture duquel Washington offre une prime de 25 millions de dollars. Une situation des plus floues, puisque le nombre des volontaires étrangers serait difficile à évaluer mais des services de renseignements avancent le chiffre de 1.000 et 2.000, venus de Jordanie, de Syrie, d’Arabie saoudite, du Yémen ou du Koweït. Tous ont un seul objectif : combattre l’Amérique. « Si vous voulez avoir les Américains au bout d’un fusil et non au-dessus de vos têtes, c’est là qu’il faut aller. Et ils y vont », assure François Burgat, spécialiste des courants islamistes au CNRS dans des propos relayés par l’AFP.
« Irak, terre de Jihad? Oui. On pourrait aussi dire que l’Irak est le carrefour de deux résistances: une résistance nationale irakienne à la «dictature docile» que les Américains veulent imposer pour remplacer la «dictature rebelle» de Saddam Hussein, et une résistance «musulmane»plus internationale à leur hégémonie croissante sur la région », estime-t-il.
Attirant de plus en plus de combattants, l’Irak est en passe de devenir un nouveau Afghanistan, ce dernier ayant été le point de chute de milliers de jeunes combattants lors de l’invasion russe. Si la topographie et la situation ne permettent pas l’édification de camps d’entraînement, comme ce fut le cas en Afghanistan, l’intensité des affrontements permet l’aguerrissement rapide de ceux qui y survivent, estiment des sources policières occidentales, inquiètes des répercussions possibles du retour des moujahidine dans leurs pays d’origine. Cette tendance est même très encouragée par les responsables d’Al Qaïda sur place.
Une lettre publiée au début de 2004 et attribuée à al-Zarqaoui assurait: « Dieu a fait présent à la nation islamique d’un jihad en son nom sur la terre de Mésopotamie (…) C’est le Jihad dans le coeur de la terre arabe (…) Nous savons que la bataille décisive entre l’Islam et les infidèles se livre sur cette terre ». Fin décembre, Oussama Ben Laden a adoubé, dans un message audio, le « frère moudjahid Abou Moussab al-Zarqaoui », se réjouissant de « ses attaques audacieuses contre les Américains » et confirmant que l’Irak était devenu pour lui et son organisation un enjeu primordial.

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