L’Irak doit traduire son engagement

Mettant fin à un faux suspenss, Bagdad a fini par accepter inconditionnellement la résolution 1441 du Conseil de sécurité de l’ONU sur son désarmement. La sortie de Saddam Hussein s’est faite sous forme d’une lettre de six pages remise à Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies par le représentant permanent de Baghdad à New York. Elle intervient au lendemain du rejet du texte onusien par le Parlement irakien, ce qui en dit long sur la manière dont Saddam Hussein conçoit la démocratie. L’avis du pouvoir législatif irakien passe ainsi pour négligeable, car seule compte la décision finale du président.
La tension qui prévalait dans la région du Moyen-Orient a baissé, mais Washington continue de tenir un discours musclé et d’afficher une certaine arrogance en déclarant ne pas attacher d ‘importance à la soumission apparente de Saddam Hussein. George Bush, qui prône envers l’Irak une «tolérance zéro», a reçu mercredi Kofi Annan. Une avant-garde des équipes des inspecteurs en désarmement est attendue lundi prochain en Irak. Leur chef, le Suédois Hans Blix, 74 ans, porte sur ses épaules une très lourde responsabilité car ses rapports pourraient bien servir de détonateur à une nouvelle guerre du Golfe. Blix passe pour un homme coriace, mais calme, à cheval sur les principes et recherche un juste milieu entre les élans belliqueux de l’Administration Bush et le pacifisme des Nations unies. Cet ancien ministre des affaires étrangères de Suède se veut neutre et pragmatique. Blix avait pris sa retraite et parcouru le monde à l’aventure lorsqu’en 2000 Kofi Annan l’a pressenti pour diriger l’équipe des inspecteurs en désarmement de l’Irak.
«Dès le début, l’Irak m’a considéré comme quantité négligeable», déplore-t-il. «Ensuite, j’ai été promu au rang d’espion, et puis finalement j’ai eu le plaisir de pouvoir discuter avec les Irakiens». Le rapport préliminaire que les inspecteurs en désarment doivent remettre au Conseil de sécurité sera un rapport d’étape. Hans Blix affirme qu’il lui faudrait un an pour visiter les quelque 700 sites suspects irakiens. On sait par exemple que Saddam Hussein avait conservé des missiles Scud et des armes biologiques. Pour faire leur travail, les inspecteurs disposeront de photos satellites et pourront interroger des Irakiens en les faisant sortir de leur pays si besoin. Ce recours pourrait se révéler néfaste, selon certaines sources, car des témoins pourraient divulguer de fausses informations contre de l’argent ou un visa pour les Etats-Unis.
Les réactions à la décision irakienne sont favorables à Moscou et dans les pays arabes, alors que Washington, prudent, faisait savoir qu’il attend que l’engagement de Saddam Hussein se traduise par des actes. Londres déclarait de son côté qu’il faut rester vigilant. Washington et Londres restent ainsi dans la ligne dure manifestée depuis le début de cette nouvelle crise : «si Saddam Hussein ne respecte pas les éléments de la résolution, nous conduirons une coalition pour le désarmer, répètent à qui veut les entendre les deux capitales».

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