L’Irak réclame un traitement équitable

Dans un entretien publié lundi par le quotidien français « Le Figaro », M. Aziz a précisé qu’il faudrait aussi évoquer la levée des sanctions et l’élimination des armes de destruction massive dans la totalité du Moyen-Orient. « En clair, les stocks d’Israël doivent aussi être éliminés», a-t-il dit. Kofi Annan n’a toujours pas apporté de réponse sur les sujets qui préoccupent l’Irak : les sanctions qui s’éternisent, les « zones d’interdiction aériennes » imposées de façon illégale sur le nord et le sud du pays, les ingérences continuelles des Américains dans nos affaires intérieures… », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’ « on parle toujours de ce qui est attendu de l’Irak, jamais de l’inverse. « Pourtant, ajoute-t-il, selon le texte des résolutions, l’Irak est aussi en droit d’obtenir des réponses ».
A la question de savoir s’il ne serait pas plus sage pour l’Irak d’accepter le retour des inspecteurs de l’ONU, et ce afin de dissuader le président Bush de partir en guerre contre l’Irak, Tarek Aziz répond qu’en 1998, l’ex- président Clinton avait déjà menacé l’Irak d’une attaque s’il n’acceptait pas d’ouvrir à l’ONU les palais présidentiels, où Washington affirmait que des stocks étaient cachés. Les inspecteurs n’ont rien trouvé. En août 1998, l’Irak a donc demandé à l’Unscom de déclarer que sa mission était terminée.
Richard Butler, le directeur de l’Unscom, a refusé parce qu’il avait besoin de vérifications supplémentaires. « En réponse, l’Irak a accepté le retour des inspecteurs pour un mois. Il y eut 400 inspections. Mais à la suite d’un différend avec l’ONU, l’Irak refusa l’accès à quatre sites, et les Américains nous bombardèrent. La coopération à 99 %, ce n’était pas suffisant. Pour 1 % de désaccord, l’Irak fut de nouveau frappé sans que jamais le Conseil de sécurité ait donné son autorisation ». Il a par ailleurs qualifié d’ « espions », les agents de l’Unscom. Et de citer le cas de l’un d’entre eux, Scott Ritter, qui avait reconnu qu’il recevait ses instructions directement de la CIA. « C’est pourquoi le Conseil de sécurité a obligé Richard Butler, le directeur de l’Unscom, à démissionner », a-t-il dit, ajoutant que « c’est aussi pourquoi l’Unscom a été supprimé et remplacé par l’Unmovic ».
Commentant les propos de George W. Bush affirmant qu’il veut un changement de régime à Baghdad, le responsable irakien affirme que l’objectif proclamé par le président américain est illégitime au regard de la loi internationale. Et d’ajouter que « si Bush junior envahit l’Irak, il échouera, parce que le peuple irakien se battra jusqu’au bout. Pour les Américains, ce ne sera pas une promenade militaire ».
Il explique l’acharnement contre son pays par le fait qu’ « au Moyen-Orient, l’Irak et l’Iran sont les seuls pays qui échappent à l’influence des Etats-Unis. «L’Amérique veut prendre le contrôle de nos réserves pétrolières », a-t-il poursuivi, ajoutant que « Washington entend donc installer à Baghdad un gouvernement à sa botte».
Tournant en dérision l’appellation d’ «axe du mal», Tarek Aziz a indiqué qu’il n’y a aucune ressemblance entre les trois pays ciblés par Bush. L’Irak et l’Iran se sont fait la guerre. L’Irak n’a pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord.
«Tout cela prouve qu’il y a beaucoup de stupidité dans le raisonnement américain». Sur la probabilité de la répétition d’un scénario « afghan » en Irak, Tarek Aziz a dit que l’Irak est un Etat véritable qui existait bien avant Saddam Hussein. Contrairement à l’Afghanistan, où le pouvoir n’a jamais appartenu à la capitale, mais aux chefs de tribus. Deuxième différence : ici, il n’y a ni alliance du Nord, ni alliance du Sud. « Nous avons assez de moyens pour défendre notre indépendance », a-t-il dit, ajoutant que « les Irakiens combattront dans chaque rue et dans chaque maison ». Et de conclure que « face aux Américains, chaque village deviendra une autre jungle du Vietnam ».

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