L’Iran et l’initiative de paix saoudienne

L’Iran et l’initiative de paix saoudienne

Les autorités saoudiennes n’ont pas lésiné sur l’accueil réservé à Mahmoud Ahmadinedjad pour sa première visite officielle à Ryad, en dépit de la brièveté de celle-ci. Le chef d’Etat iranien n’est en effet resté que quelques heures, le samedi 3 mars à Ryad.
Les deux hommes, jusque-là, s’étaient croisés lors d’un sommet islamique à La Mecque en décembre 2005 et donnaient l’impression d’être les «frères ennemis» de l’Islam.
Les Saoudiens, eux, ne faisaient pas mystère de leur hostilité envers l’expansionnisme chiite et leurs craintes devant l’influence exercée par Téhéran sur les minorités chiites du royaume et des différents Etats arabes modérés, riverains du Golfe persique.
Ils ne dissimulaient pas non plus leurs craintes de voir l’Iran se doter de l’arme atomique, alors que les Iraniens, depuis la « révolution verte» de l’ayatollah Khomeiny, reprochaient aux Saoudiens leur «inféodation» à l’Occident.
 Ce «passif» permet de mieux mettre en valeur le véritable tournant que constitue le spectaculaire réchauffement des relations entre Ryad et Téhéran. Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite et le président iranien Mahmoud Ahmadinedjad ont décidé de surmonter leurs divergences idéologiques et religieuses et une certaine antipathie personnelle pour trouver un terrain d’entente sur quatre dossiers principaux. Le premier est leur désir commun de mettre un terme à la dégradation constante des rapports entre Sunnites et Chiites, principalement au Liban et en Irak, où ces deux courants de l’Islam se livrent une guerre fratricide. Comme l’indique le communiqué commun publié à l’issue de la rencontre : «Les deux dirigeants ont déclaré que le plus grand danger menaçant l’Oumma actuellement est la tentative de répandre des dissensions entre musulmans chiites et sunnites».
L’Arabie Saoudite a donc obtenu gain de cause en ce qui concerne le Liban. Tout semble indiquer que Téhéran s’est engagé à faire pression sur le Hezbollah pour qu’il réintègre le jeu politique normal et cesse ses menaces contre le gouvernement soutenu par la majorité anti-syrienne dite du «14 mars». L’Arabie Saoudite accepterait, en échange, de reconnaître à l’Iran un rôle de principale puissance régionale dans le nord du Croissant fertile, voire même dans les anciennes républiques soviétiques musulmanes d’Asie centrale, au détriment de la Turquie et de la Syrie.
Mahmoud Ahmadinedjad n’ignore pas que le prince Bandar Bin Sultan, le président du Conseil national de sécurité saoudien, a plaidé auprès de Washington, où il fut ambassadeur pendant 22 ans, la cause d’un dégel des relations américano-iraniennes, inexistantes depuis 1979. L’Administration Bush, engluée dans le «bourbier irakien», s’est laissé convaincre d’inviter à la «conférence des voisins», le 10 mars, la Syrie et l’Iran, ce qui signifie qu’elle cesse de les considérer comme les «pivots de l’axe du mal». A court et moyen terme, cela conforte la position de Téhéran dans le troisième dossier sur l’acquisition par l’Iran de la technologie nucléaire. L’Iran pourrait se voir reconnaître par la communauté internationale l’usage du nucléaire civil en échange de son engagement à jouer un rôle pacificateur en Irak,  à mettre un terme aux opérations menées par la guérilla chiite contre le gouvernement de Nouri al Maliki et à faciliter de la sorte un retrait américain graduel.
Mahmoud Ahmadinedjad est d’autant plus disposé à des concessions à ce sujet que, mis en difficulté lors des élections municipales de décembre dernier et lors de la désignation des membres du Conseil des Experts, il sait que les sanctions économiques contre son pays frapperaient très durement la population et pourraient provoquer des émeutes.
Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite et le président iranien ont aussi publiquement affirmé qu’ils partageaient « des points de vue communs» sur la question palestinienne. Le roi Abdallah a convoqué un Sommet de la Ligue arabe le 29 mars, un sommet qui veut proposer à Israël une nouvelle rédaction de la résolution adoptée par cette même instance à Beyrouth en 2002 : la normalisation des rapports entre Israël et ses voisins, moyennant l’évacuation des territoires occupés depuis juin 1967 et la création d’un Etat palestinien libre et souverain. Alors que l’Iran aurait pu faire de ce sujet le motif d’un «conflit» avec l’Arabie Saoudite, tous les observateurs remarquent que Mahmoud Ahmadinedjad s’est contenté de démentir l’affirmation selon laquelle il aurait fait part de son soutien à l’initiative de paix du roi Abdallah. Mais il s’est bien gardé d’affirmer qu’il la condamnait ce qui pourrait réserver bien des surprises dans les jours et semaines à venir.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *