L’Iran fait peur aux Arabes modérés

L’Iran fait peur aux Arabes modérés

En marge d’une réunion du Quartet international consacrée aux négociations de paix israélo-palestiniennes, actuellement au point mort, les ministres des Affaires étrangères du Maroc, du Bahreïn, d’Egypte, de Jordanie et des Emirats Arabes Unis ont eu des entretiens avec la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice et le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana.
Au menu de leurs discussions informelles dans la cité balnéaire de Charm-El-Cheikh en Egypte, la progression de l’influence iranienne au Proche Orient. Les pays arabes modérés s’inquiètent du rapprochement opéré par Téhéran avec la Syrie et le Liban ainsi que du succès grandissant des mouvements fondamentalistes financés par le régime des Ayatollah, en particulier le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban..
Selon plusieurs observateurs, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes modérés ont reproché aux USA et à l’Union européenne de ne se préoccuper que du programme nucléaire iranien et de négliger les bénéfices politiques que Téhéran pourrait tirer d’une déstabilisation de la région à la faveur de la rupture de la trêve à Gaza et d’une possible reprise des troubles en Cisjordanie.
En fait, les pays arabes modérés s’inquiètent d’un possible changement de stratégie des Etats-Unis et de l’Union européenne vis-à-vis de l’Iran. L’heure ne serait plus aux menaces et aux sanctions mais au dialogue. C’est ainsi que le président élu américain Barack Obama a laissé clairement entendre qu’il souhaitait une reprise du dialogue avec le régime des Ayatollah et qu’il n’excluait pas la réouverture d’un bureau d’intérêts américain à Téhéran.
De fait, Barack Obama, s’il veut réussir le désengagement à l’horizon 2 010 des troupes américaines en Irak, a besoin du soutien tacite de Téhéran qui contrôle les différents mouvements chiites irakiens.
Les Etats-Unis ne sont pas seuls en cause. La fin de la présidence française de l’Union européenne met un terme à la politique de fermeté et d’intransigeance suivie par Nicolas Sarkozy. Certains redoutent même que l’Allemagne ne pousse à un rapprochement avec l’Iran, l’un de ses principaux partenaires commerciaux. De manière plus générale, les pays arabes modérés auraient reproché à Condoleezza Rice et à  Javier Solana de ne percevoir la «politique arabe» que par le biais du conflit israélo-arabe. A leurs yeux, l’Union européenne et les Etats-Unis, omnubilés par le processus de paix d’Annapolis, oublient les autres enjeux régionaux, en particulier l’expansionnisme chiite et iranien. En outre, un grand quotidien israélien prétend que son gouvernement aurait reçu un message secret de dirigeants arabes non identifiés, probablement modérés, lui demandant de reprendre la politique des éliminations ciblées à Gaza. Mais l’absence de précisions sur la nature de ce message, voire l’absence de sa confirmation par les autorités israéliennes, fait plutôt penser à une tentative d’intoxication des médias par un parti politique en pleine campagne électorale israélienne. Un expansionnisme qui bénéficie de la complicité active de la Russie intéressée en premier lieu à reprendre la place qu’elle occupait jadis au Machrek et qu’elle avait perdue à la suite de la chute du bloc soviétique.
La Russie s’est ainsi engagée à fournir d’importantes quantités d’armes à l’Iran, à la Syrie et au Liban. Elle semble vouloir constituer un axe Moscou-Téhéran-Damas-Beyrouth qui appuierait les différents mouvements de contestation des régimes pro-américains ou pro-occidentaux en place au Proche Orient.
Reste à savoir dans quelle mesure cet avertissement sera entendu. Pour certains observateurs, la désignation de Hilary Clinton comme future secrétaire d’Etat constitue un signe encourageant. Il est  tempéré toutefois par le maintien en place comme secrétaire à la Défense de Robert Gates connu pour être partisan d’une détente avec Téhéran.

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