L’Italie contre l’extrêmisme

Ce samedi tous les chemins menaient bien à Rome pour les 9.000 autocars et 60 trains spéciaux affrétés. A l’appel du principal syndicat de la péninsule, la Confédération générale italienne des travailleurs (CGIL, syndicat de gauche), les Italiens originaires de toutes les régions, sont venus dénoncer les projets gouvernementaux de réforme du statut des travailleurs, mais aussi protester contre l’assassinat politique du conseiller du ministère du Travail mardi dernier.
Le syndicat, qui avait misé sur un million de personnes, a finalement estimé – tout comme les chaînes de télévision – que près de deux millions de personnes s’étaient rassemblées dans les rues de Rome. Il pourrait donc s’agir de la manifestation la plus importante en Italie depuis 1994, année où un million de personnes avaient défilé contre les projets du premier gouvernement Berlusconi… Et avaient précipité la fin du premier mandat du « Cavaliere ». « Nous sommes ici pour combattre le terrorisme, pour soutenir la démocratie et pour montrer au gouvernement que ses intentions sont mauvaises », a lancé Sergio Cofferati, dirigeant de la CGIL, à ses partisans rassemblés dans le cirque antique romain, le « Circo Massimo ». « Avec votre courage et votre passion, nous allons réaliser nos rêves », a-t-il poursuivi sous les acclamations. Ce rassemblement, prévu de longue date, n’est d’ailleurs que la première manifestation d’un face-à-face engagé par les syndicats contre le gouvernement Berlusconi.
La CGIL et ses confrères dénoncent en effet le projet de réforme de l’article 18 du statut des travailleurs, projet qui vise selon eux l’assouplissement des procédures de licenciement. Le point d’orgue du conflit social devrait avoir lieu en avril : un gigantesque mouvement de grève à l’appel des trois principales centrales syndicales (CGIL, CISL – catholique – et UIL – modéré) qui, réunies, comprennent près de 12 millions de travailleurs…
A ce mot d’ordre social est aussi venu s’ajouter samedi celui de la lutte contre la violence, et plus largement contre le terrorisme, après l’assassinat mardi soir, devant son domicile de Bologne, de Marco Biagi. Ce conseiller économique du ministère italien du Travail avait participé à la rédaction du fameux projet de réforme sur le licenciement. Les Brigades rouges, groupe d’extrême gauche très actif durant les « années de plomb » italiennes, ont revendiqué cet attentat, et ont par la même occasion relancé le spectre de la violence politique. S’ils avaient ensanglanté la péninsule dans les années 1970 et 1980, leur dernier meurtre connu datait de 1999 et avait eu pour cible un autre conseiller du ministère du Travail, Massimo D’Antona.
L’organisation terroriste, fondée par Renato Curcio, a toujours eu pour souci la lutte contre « l’impérialisme bourgeois », et pour terrain, le monde du travail. Elle s’en prenait au début à des employés d’extrême droite, des syndicalistes, des responsables d’usines puis a finalement haussé le ton avec les premiers meurtres ciblés, dont celui, en 1978, d’Aldo Moro, président de la Démocratie-chrétienne. Depuis on croyait le réseau démantelé, étouffé par des dissensions internes. Depuis mardi dernier, on sait que la relève est là.

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