L’US Army met le feu à Kaboul

Déjà sous le feu de la critique pour sa manière de gérer la guerre en Irak et pour ses méthodes non orthodoxes réservées aux prisonniers irakiens et afghans, l’armée américaine vient d’ajouter une nouvelle bavure à son actif.      
Tout a commencé par un accident de la circulation à Kaboul, lundi matin 29 mai. Vers 8h 40 (heure locale), les freins d’un camion faisant partie d’un convoi de la coalition internationale ont lâché, le précipitant sur une douzaine de véhicules non loin d’un arrêt de bus où attendaient de nombreuses personnes, dans le nord de Kaboul.
Un civil a été tué, et six ont été blessés dont deux grièvement, a indiqué un porte-parole des forces de l’OTAN, le commandant Toby Jackman. D’après lui, les soldats ont immédiatement apporté de l’aide aux blessés, mais la foule a commencé à leur lancer des pierres, les forçant à se replier dans leurs véhicules.
«La foule en colère a commencé à lancer des pierres sur les soldats américains, qui se sont réfugiés dans leurs véhicules et ont commencé à rouler vers la foule en faisant feu, tuant au moins quatre personnes», a raconté un correspondant de l’agence AFP. «J’ai vu deux personnes tuées par balles juste à côté de moi. Les véhicules ont forcé leur passage dans la foule en tirant», a-t-il poursuivi. Après la mort de ces civils, plusieurs manifestations violentes ont eu lieu dans la capitale. De nombreux coups de feu ont notamment été entendus dans le centre-ville, près du quartier des ambassades, à Wazir Akbar Khan, qui a été bouclé par la police et l’armée afghane. Une centaine de personnes manifestaient encore dans le quartier en criant «mort à l’Amérique ! mort à Karzaï et à la police !». L’armée et la police afghanes ainsi que des troupes de la force de stabilisation de l’OTAN se trouvaient sur place, tandis que les étrangers se sont vu interdire de quitter le quartier. Dans le quartier de Shar-e-Naw, un des plus animés de la ville, un millier de manifestants ont mis le feu à un poste de police et brûlé une affiche du président Karzaï. Dans le sud de la capitale, des coups de feu ont également été entendus par des témoins non loin d’une place où se trouvent le ministère de l’éducation et l’hôtel de luxe Serena. Les autorités ont lancé des appels au calme, alors que la mort d’au moins 16 civils lors d’un affrontement entre les talibans et la coalition dans le sud de l’Afghanistan la semaine dernière avait déjà provoqué l’indignation dans la population.
Le ministre de l’intérieur, Zarar Ahmad Muqbil, a convoqué une réunion d’urgence et décidé d’envoyer son adjoint ainsi que le chef de la police de Kaboul sur les lieux pour tenter de se faire une idée plus précise de la situation, a indiqué le porte-parole du ministère.
Le président de la Chambre basse du Parlement, Mohammad Yunous Qanouni, a également lancé un appel au calme à la télévision, en direct du siège du Parlement où les élus ont en une réunion d’urgence.
Ces appels au calme risquent d’être insuffisants car le bilan des tirs des soldats américains pourrait être beaucoup plus lourd que celui fourni par l’AFP. Sept personnes pourraient avoir été tuées et neuf autres blessées, a indiqué un responsable des services de renseignement afghans, tandis qu’un témoin affirmait qu’au moins dix personnes avaient été tuées.
Les bilans donnés par les médias locaux font état de plusieurs dizaines de morts – jusqu’à trente, selon la télévision afghane privée Ariana–, mais sans citer de source.

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