Martine Aubry, l’anti-Ségolène Royal

Dans le contexte actuel, Martine Aubry dispose d’une qualité assez rare et d’un atout original : celui de pouvoir exister dans l’actualité sans être obligée d’en faire les grands titres avec les dommages collatéraux de la surexposition. En effet, depuis que le gouvernement et la majorité se livrent une guerre sourde sur l’opportunité politique de démanteler la durée légale du travail, la dame des 35 heures, Martine Aubry, surfe sur le débat qui oppose ouvertement deux camps très distincts au sein de la majorité :  d’un côté Nicolas Sarkozy et son poulain, ministre du Travail, Xavier Bertrand et de l’autre côté le Premier ministre François Fillon et le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian.   A chaque débat, à chaque déchirement sur les 35H, l’escarcelle de popularité de Martine Aubry se garnit davantage. La conjoncture devient si magnétique pour elle que quand la fille de l’ancien ministre Jacques Delors ose la moindre sortie sur ses ambitions pour le Parti socialiste, l’événement capte toute la lumière et ouvre la voie à tous les scénarios.
C’est ce qui s’est passé récemment lorsqu’elle avait fait incursion dans une réunion des socialistes baptisée pour l’occasion « les reconstructeurs ». Cette réunion s’est faite autour des amis de deux grands éléphants du PS, Laurent Fabius et Dominique Strauss Kahn et avait pour objectif de formuler une alternative au duo qui s’apprête à partir à la conquête et du PS et de la candidature à la future présidentielle que son Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.
Claude Bartolone, un socialiste proche de Laurent Fabius, résume l’entrée en scène de Martine Aubry : «En l’état actuel des choses, elle n’est pas considérée comme présidentiable mais pour autant elle n’est pas considérée comme ne pouvant jamais être présidentiable. Du coup elle est pour les socialistes un personnage qui peut être très intéressant». Intuition confirmée par d’autres personnalités du sérail qui estiment que depuis la réunion «des reconstructeurs»,  «on peut penser qu’émerge une troisième force, à la tête de laquelle il semble dangereux d’installer un inconnu (…) La troisième force doit avoir un visage et une voix ceux de Martine Aubry par exemple».
Longtemps  silencieuse depuis l’échec de la présidentielle, Martine Aubry a vu son étoile scintiller grâce à sa réélection triomphale à la tête  de la mairie de la ville de Lille et grâce surtout aux difficultés manifestes éprouvées par les socialistes de se construire un leadership. Par une orthodoxie socialiste poussée souvent à l’extrême dogmatique, par son look terne d’une responsable des ressources humaines dans une entreprise d’Etat, Martine Aubry, 58 ans, est souvent présentée comme le modèle anti-Ségolène Royal dont les sourires éclatants et sa chevelure au vent sur un accoutrement choisi avec goût la rapproche davantage de la jet-set et de la société des people que de la laborieuse classe ouvrière.
Ceux qui poussent à mettre sur orbite Martine Aubry, ont cette idée fixe de casser le moule de Ségolène Royal en la privant d’un argument de taille, celui d’une femme socialiste accédant aux plus hautes responsabilités. D’ailleurs, Martine Aubry a déjà commencé à se positionner comme la concurrente directe de Ségolène Royal. Sa critique méthodique et à la limité de l’ironie moqueuse de ses «débats participatifs» en disent long sur la volonté de Martine Aubry d’en découdre le moment venu avec sa rivale.  Le camp de Ségolène Royal a toute suite repéré le danger qu’il y avait à ne pas répondre à de telles attaques. C’est ainsi que Jean-Louis Bianco, un porche de Royal fustige la finalité «reconstructeurs» qui mettent sur un piédestal Martine Aubry et pour lesquelles il a prédit qu’ils «s’effondreront comme des châteaux de cartes (…) C’est un front avant tout constitué contre Royal et Delanoë. Ce genre de rassemblement contre-nature n’a pas beaucoup d’avenir. Ce n’est pas ainsi que l’on doit faire de la politique».  La mise  sur orbite de Martine Aubry suscite des grincements de dents à gauche et des quolibets à droite. L’UMP s’en donne à cœur joie : «Ce que ce retour nous inspire, c’est le constat sur l’état de déshérence idéologique du Parti socialiste, déchiré entre libéral pas libéral (…) Le Parti socialiste n’a vraiment pas grand chose à proposer aux Français sauf à sortir ses vieux responsables et vieux leaders de la naphtaline».

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