Martine Aubry rate la première marche des européennes

Martine Aubry rate la première marche des européennes

Personne, en réalité ne s’attendait à ce que Martine Aubry face disparaître par un coup de baguette magique les divisions et les aigreurs des rangs socialistes, tant celles-ci ont été profondément creusées par le pesant héritage, toujours cuisant, du congrès de Reims et de l’échec à la présidentielle. Martine Aubry, la mal élue à la tête du PS, en pouvait logiquement disposer de cette autorité nécessaire, de cette légitimité incontestable, pour mettre les forces socialistes en ordre de bataille.
L’agenda électoral a voulu que les élections européennes soient le premier test grandeur nature pour jauger le sens politique et la capacité à rassembler la nouvelle direction de la rue Solferino. La constitution des listes, le partage des territoires, la mise en bataille des courants qui animent le parti, Martine Aubry allait être jugée sur toutes ces questions et le dosage avec lequel elle allait gérer les susceptibilités.
Il est vrai que la situation aurait pu être beaucoup plus catastrophique pour Martine Aubry surtout dans l’éventuel scénario où Ségolène Royal n’avait pas autorisé à la dernière minute ses fidèles à rejoindre les instances dirigeantes du PS. Ségolène Royal dispute toujours à Martine Aubry le fauteuil de première dame socialiste forte de ses performances au sein du PS et de sa popularité entêtée chez les Français.
Martine Aubry vient donc de passer le test de la constitution des listes PS pour les européennes de juin prochain. Signe particulier: vingt-deux socialistes issus de l’immigration sont candidats, six en position éligible – dont Kader Arif, numéro un dans le sud-ouest et Karim Zéribi, numéro trois dans le sud-est. Mais ce qui aurait pu être la grande occasion des retrouvailles socialistes est en train d’accenter la grise mine déjà longue de l’opposition. Symbole révélateur de ce relatif échec, Vincent Peillon, le bras-droit de Ségolène Royal et dont la présence aux cotés de Martine Aubry était censé incarner cet esprit de réconciliation entre les sœurs ennemies, ne cache pas sur amertume d’avoir été parachuté dans la région du sud est où il ne dispose d’aucun ancrage: «C’est un crève-cœur pour moi (…) ce n’était pas le choix que j’ai fait, c’est un choix qui résulte des résultats du congrès (…) c’est contre mon plein gré».
Vincent Peillon, le héros involontaire de ces prochaines européennes puisqu’il constitue le trait d’union le plus visible entre Martine Aubry et Ségolène Royal, a été l’objet de violente critiques notamment de la par d’Eric Besson, un ancien socialiste devenu par la grâce de Nicolas Sarkozy secrétaire général adjoint de l’UMP et ministre de l’Immigration : «Vincent Peillon, pour moi, c’est une espèce de grande mascarade de la morale en politique. C’est le type qui donne des leçons (…) mais c’est une espèce de bouffonnerie permanente sur la morale» et de révéler que François Hollande l’ancien premier secrétaire du PS le «surnommait «le serpent».
Même ceux qui, comme le député Arnaud Montebourg, se sont proposés pour défendre le travail de Martine Aubry, se trouvent contraints de se livrer à des étranges circonvolutions : «Si (ces listes) ont dégagé des mécontentements sur certains territoires – parfois légitimes – il est indispensable de considérer les progrès indéniables accomplis dans l’esprit rénovateur d’une meilleure sélection de nos candidats». Par contre, l’artillerie lourde s’est abattue sur Martine Aubry pour démonter son ouvrage. Gérard Collomb, le baron lyonnais du PS a la dent dure avec des phrases qui doivent sonner aux oreilles de la première dame des socialistes comme des lacérations : «le PS n’arrive décidément pas à procéder à sa rénovation (..) On est sur un centralisme bureaucratique pour lequel d’autres partis ont péri par le passé». Un autre socialiste déçu, Faouzi Lamdaoui, un proche de François Hollande, déplore que «les listes adoptées résultent davantage de petits arrangements entre amis que d’un véritable rassemblement des socialistes». C’est étrangement l’angle d’attaque choisi par l’UMP pour discréditer la démarche de Martine Aubry : «L’Europe passe au second plan derrière les petits arrangements d’appareils au PS».

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