Marwan Barghouti : Le troisième homme

Les résultats de chaque Sommet entre le Premier ministre israélien Ehoud Olmert et le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas sont soumis à l’examen d’un homme dont chaque partie guette, avec impatience et inquiétude, la réaction. Il ne s’agit pas d’un éminent spécialiste de droit international ou de géopolitique, mais d’un prisonnier du centre de détention de Hadarim, en Israël.
C’est là qu’il purge actuellement cinq peines de prison à vie auxquelles il a été condamné par un tribunal militaire israélien. Son nom : Marwan Barghouti. Il est né le 6 juin 1958 en Cisjordanie. Cet ancien chef des Tanzim du Fatah, la branche armée du mouvement de Yasser Arafat puis d’Abou Mazen, milite dès son adolescence. Il fut l’un des leaders de la contestation étudiante à l’université de Bir Zeït, près de Ramallah, avant d’être intégré, non sans mal, au sein de la direction de l’Autorité palestinienne.
Les anciens de l’OLP, venus de Tunis, se défiaient en effet de ce «Palestinien de l’intérieur» qui ne ménageait pas ses virulentes critiques contre les «combattants du stylo». Marwan Barghouti était le symbole de la nouvelle génération surgie de la première Intifada et ne cachait guère son mépris pour l’affairisme et la corruption prévalant dans l’entourage du raïs palestinien.
Bien qu’ayant soutenu la conclusion des Accords d’Oslo, Marwan Barghouti fut, à l’été 2 000, l’organisateur des principales manifestations à Gaza et en Cisjordanie contre les concessions que Yasser Arafat aurait pu faire à Bill Clinton et Ehoud Barak lors du Sommet de Camp David.
Après l’échec de celui-ci et le déclenchement de la seconde Intifada, Marwan Barghouti passa dans la clandestinité, prenant la tête des Brigades des Martyrs d’al Aqsa. Il organise plusieurs attentats meurtriers en Israël même jusqu’ à ce que le ministre israélien de la Défense de l’époque, Fouad Benyamin Ben Eliezer, veille à ce qu’il soit arrêté et très lourdement condamné.
Depuis, Marwan Barghouti est devenu le prisonnier politique palestinien le plus célèbre au monde et une personnalité de premier plan au sein de son propre camp, en proie à de profondes dissensions internes. Ainsi, lors des élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2 006, il n’avait soutenu que du bout des lèvres le Fatah, un geste qui ne fut pas étranger à l’échec essuyé par celui-ci devant le Hamas. Pourtant, c’est le même Marwan Barghouti qui fut à l’origine de la signature du «document des prisonniers», la charte rédigée, à son initiative, par des détenus appartenant à toutes les factions palestiniennes, du Fatah au Hamas en passant par le Jihad islamique, le FPLP et le FDPLP. C’est ce texte, portant reconnaissance implicite d’Israël, qui a servi de programme pour la constitution, sous la pression de différents pays arabes, de l’éphémère gouvernement palestinien d’union nationale qui n’a pas survécu à la conquête de la bande de Gaza par le Hamas, le 15 juin dernier. Hostile à ce qu’il considère avoir été un «putsch», Marwan Barghouti s’est alors rapproché de Mahmoud Abbas et de son nouveau Premier ministre, Salem Fayyed, devenant le «troisième homme» de la direction palestinienne et faisant d’ores et déjà figure de probable successeur d’Abou Mazen (Mahmoud Abbas).
Son influence est considérable. Mahmoud Abbas et ses conseillers savent qu’ils n’auraient jamais pu entamer des discussions avec le gouvernement israélien sur la signature d’un accord-cadre sans avoir, au préalable, obtenu le «feu vert» du «Nelson Mandela palestinien» comme l’appelle le pacifiste israélien Ouri Avneri.
Marwan Barghouti compte peut-être plus de partisans de sa libération en Israël qu’au sein de l’Autorité palestinienne, remarque férocement un observateur israélien. Et le dernier en date n’est autre que le ministre travailliste des Infrastructures, Fouad Benyamin Ben Eliezer, membre influent du Cabinet restreint de sécurité, l’homme qui fut à l’origine de son arrestation et de ses très lourdes condamnations alors qu’il était ministre de la Défense.
Pour Benyamin Ben Eliezer, l’intérêt sécuritaire commande à son gouvernement de libérer Marwan Barghouti et d’associer encore plus étroitement celui-ci à la préparation de la Conférence internationale de paix qui devrait se tenir à la mi-novembre à Annapolis, aux Etats-Unis. Pas seulement parce que l’ancien leader des Tanzim fait d’ores et déjà probable figure de premier président du futur Etat palestinien englobant Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Il est de fait le seul dirigeant palestinien capable de rallier sur son nom et ses idées aussi bien les membres du Fatah que l’immense majorité des partisans du Hamas, voire une partie de la direction du mouvement intégriste. Autant dire que Marwan Barghouti est aujourd’hui l’homme clef de l’évolution de la situation au Proche-Orient, une région jadis riche en «zaïms» et «hommes providentiels» qui méritaient, moins que lui, ce qualificatif. Et c’est à ce rôle qu’il se prépare depuis sa cellule comme le fit, dans d’autres circonstances et d’autres lieux, Nelson Mandela.

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