Mauritanie : un deuxième tour serré

L’un était un ancien opposant du président déchu, Maaouiya Ould Taya, l’autre, par contre, faisait partie de l’élite dirigeante. Arrivés en tête du premier tour de l’élection présidentielle mauritanienne de dimanche dernier, Sidi Ould Cheikh Abdellahi (24,79%) et Ahmed Ould Daddah (20,68%), quasiment au coude-à -coude avec très peu de voix seulement de différence, ont déjà entrepris des négociations en vue du face-à-face final.
Soutenu par l’ancienne majorité présidentielle avant le coup d’Etat de 2005, Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présente comme «le président qui rassure».
Né à Aleg (centre-sud) en 1938, il a effectué son second cycle à la prestigieuse Ecole normale William Ponty, au Sénégal, avant de poursuivre des études en mathématiques, physique, chimie à Dakar puis un DEA en économie à Grenoble (France).
De retour en Mauritanie, il devient directeur du Plan avant d’être nommé ministre d’Etat de l’Economie dans le gouvernement du premier président Moktar Ould Daddah (1960 à 1978). En 1978, Ould Daddah est renversé et son ministre de l’Economie jeté en prison pour plusieurs mois. De 1982 à 1985, il est nommé conseiller économique au Fonds koweïtien, avant de revenir au gouvernement en 1986, deux ans après le coup d’Etat du président Maaouiya Ould Taya.
De 1986 à 1987, il occupe les fonctions de ministre de l’Hydraulique et de l’Energie puis celui, plus important, des Pêches et de l’Economie maritime. Marié et père de quatre enfants, d’un caractère très discret, il est soupçonné par ses détracteurs d’être le candidat favori de la junte ayant pris le pouvoir en août 2005.
Son adversaire, Ahmed Ould Daddah, âgé de 65 ans, lui, bénéficie depuis 1992 d’une réputation d’opposant irréductible à l’ancien président Ould Taya.
Demi-frère du premier président mauritanien, Ould Daddah a été, à deux reprises, candidat malheureux à la présidence (1992 et 2003), lors de scrutins marqués selon lui par des fraudes massives. Il a été plusieurs fois emprisonné et jugé pour «atteinte à la sécurité du pays», puis relaxé. Sa détermination et sa patience ont accru sa popularité dans l’opinion. Ould Daddah a récemment assoupli ses positions et ne prône plus la rupture des relations avec Israël. Il promet même de «ne pas fouiner dans le passé». Il déclare qui s’il est élu, il accordera à Ould Taya, exilé au Qatar, la possibilité de retourner au pays avec les privilèges d’un «ancien chef d’Etat». Né en 1942 à Boutilimit (150 km à l’est de Nouakchott), il obtient un diplôme d’études supérieures en sciences économiques à l’université de Dakar avant d’être nommé conseiller économique et financier puis gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie.
Il dirige en 1978 le ministère des Finances, peu avant l’éviction de son demi-frère et premier président du pays, Moktar Ould Daddah, qui comme lui fera de la prison. Après sa libération, il occupe des postes importants à l’étranger.
De 1986 à 1991, il est expert économique de la Banque mondiale (BM), conseiller économique et financier auprès du gouvernement centrafricain (86-91), fonction qu’il quitte à l’appel de ses camarades pour se présenter en candidat libre contre Ould Taya en 92. A ce scrutin, il réalisa un score de 33% qu’il qualifie de «fantaisiste». Depuis, il mène l’opposition contre le président Ould Taya, boycottant la présidentielle de 1989, avant de se présenter de nouveau en 2002, puis en 2007. Le second tour de l’élection présidentielle en Mauritanie qui opposera, dimanche 25 mars, les deux hommes s’annonce serré.

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