Michel Rocard tire à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy

Michel Rocard tire à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy

Dans un contexte traditionnel, classique, l’information aurait paru tout ce qu’il y a d’anodin. Quoi de plus normal qu’un homme de gauche, ancien Premier ministre de François Mitterrand critique et s’oppose à un président de la République de droite comme Nicolas Sarkozy sur des sujets aussi clivants que la sécurité ou l’immigration ? Mais la virulente sortie de Michel Rocard dans le dernier numéro du magazine «Marianne» qui porte une des Unes les plus provocatrices à l’encontre la gouvernance Sarkozy «Nicolas Sarkozy, nationalité, immigration, délinquance, le voyou de la République», n’est pas passée inaperçue. Il cloue au pilori la démarche du président de la République d’user de la carte de la déchéance de la nationalité pour sanctionner les décliquants d’origine étrangère, de créer des sous-catégories de Français, de faire en sorte que «La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis». Et Michel Rocard de livrer un oracle péremptoire : «Je dis qu’il le paiera et qu’il l’aura mérité». A plusieurs titres, Michel Rocard n’est pas n’importe quel leader socialiste. Il est non seulement l’homme qui avait prononcé la célèbre sentence selon laquelle «La France ne pourrait pas accueillir toute la misère du monde», une phrase qui a été longtemps perçue comme castratrice des idéaux de tolérance qui distinguent traditionnellement la droite de la gauche, mais une voix de gauche extrêmement compréhensible à l’égard de Nicolas Sarkozy. Alors que ses collègues du PS ruminaient jusqu’à l’enivrement leur anti-Sarkozyme épidermique, Michel Rocard faisait partie de ces personnalités bienveillantes à l’encontre du président de la République. Leurs rapports de séduction furent si fructueux que depuis le début du mandat, Michel Rocard était dans les petits papiers de soie de velours de l’Elysée. Le long flirt entre les deux hommes avait commencé par la participation de Michel Rocard à la «commission Pochard» sur la condition enseignante voulue par Nicolas Sarkozy qui le nomme ensuite ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Nicolas Sarkozy fait appel aux services de Michel Rocard sur deux autres sujets d’une extrême visibilité médiatique. Il le charge d’un rapport sur la très polémique taxe carbonne et le nomme co-président avec Alain Juppé de la commission chargée de réfléchir sur les chantiers qui doivent bénéficier du grand emprunt. Michel Rocard faisait partie d’un casting de personnalités de gauche qui rôdaient, avec plus ou moins de frénésie, devant les palais de la République en attendant que les portes de l’ouverture s’ouvrent de nouveau. Parmi ces noms, on trouvait entre autres Jack Lang et Julien Dray. Récemment, Michel Rocard avait signé en compagnie de Simone Veil, dans le journal «Le Monde», une tribune remarquée pour prendre la défense d’Eric Woerth, ministre du Travail englué dans une affaire de détournement d’impôts. Que Michel Rocard se rebiffe contre Nicolas Sarkozy avec cette violence qui en dit long sur le chemin parcouru par le président de la République dans sa radicalisation droitière. Le risque est que cela ne finisse par déteindre sur les ministres d’ouverture au sein du gouvernement et dont le départ est logiquement programmé pour octobre.

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