Milosevic devant la justice internationale

Quelle est la responsabilité de Slobodan Milosevic, à la tête de la Serbie puis de la Yougoslavie entre 1989 et 2000, dans l’embrasement de la région des Balkans cette dernière décennie ? Livré par les autorités de Belgrade en juin 2001, l’ancien dirigeant serbe est aujourd’hui inculpé de crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans les trois derniers conflits qui ont déchiré l’Europe centrale : la guerre de Croatie (1991-1995), la guerre de Bosnie (1992-1995) et celle du Kosovo (1998-1999). L’ancien leader est aussi soupçonné d’être le commanditaire du génocide – plus de 200.000 morts – perpétré pendant le seul conflit bosniaque. D’après la liste des 29 chefs d’inculpations notifiés par le TPIY (Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie), M. Milosevic est accusé d’avoir tenté – à n’importe quel prix – de concrétiser son désir de créer une « Grande Serbie » qui rassemblerait dans un Etat unique tous les Serbes dispersés à travers l’Ex-Yougoslavie.
« Le procès de Slobodan Milosevic est exceptionnel en raison du degré des crimes, de leur étendue géographique et temporelle mais surtout en raison de ses hautes responsabilités » soulignait ainsi Jim Landale, le porte-parole de l’instance, à la veille du procès qui débutera par le conflit kosovar proprement dit. Ce procès comporte par ailleurs plusieurs zones d’ombre, notamment concernant l’attitude de l’accusé lui-même qui refuse toujours de prendre un avocat (les trois commis d’office n’auront qu’un rôle d’assistance), et dénie toute légitimité au tribunal. M. Milosevic a toutefois entrepris une stratégie de défense basée sur la mise en cause de l’OTAN (Organisation du Traité Atlantique Nord) dans la crise du Kosovo. Il souhaiterait même faire venir comme « témoins » l’ancien président américain Bill Clinton, son médiateur d’alors Richard Holbrooke, et l’ex-secrétaire d’Etat Madeleine Albright… Confus côté défense, le procès s’annonce aussi indécis dans le camp de l’accusation dont le procureur maintient encore le secret sur les éléments de preuves qu’il compte présenter. On sait cependant qu’une vingtaine d’anciens proches de l’accusé viendront témoigner pour prouver la responsabilité de ce dernier dans les exactions massives commises contre les civils.
Lors de cette première phase du procès consacrée à la guerre du Kosovo, Slobodan Milosevic est précisément accusé d’avoir participé à « une entreprise criminelle commune » avec pour objectif «l’expulsion d’une partie importante de la population albanaise du Kosovo » en vue d’en prendre le contrôle. Il est aussi considéré comme responsable direct du «départ forcé d’environ 800.000 civils albanais du Kosovo » et de la mort d’au moins 900 d’entre eux. Il fait l’objet de cinq chefs d’inculpations – quatre pour crimes contre l’humanité et un pour crime de guerre – pour la seule guerre du Kosovo.

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