Nicolas Sarkozy a mal à ses ouvertures

Il y a du changement dans l’air. Comme une lame de fond qui ratisse large. Comme une tendance lourde qui enveloppe l’ambiance. Alors que Nicolas Sarkozy s’installe durablement dans des sondages négatifs qui reflètent aussi bien le désamour que la déception, des articles d’analyse fleurissent dans la presse  la moins suspectée de nourrir une hostilité militante à l’égard de l’Elysée pour faire état de doutes et d’interrogations sur la pertinence des choix stratégiques du président de la République.
Deux angles de critiques sont clairement identifiés. Le premier est l’hyper présidence qui commence à atteindre ses limites. Nicolas Sarkozy est accusé d’exercer un pouvoir solitaire, de concentrer l’ensemble du jeu entre ses mains au point de tuer l’autonomie de tous ses ministres et de transformer son Premier ministre en une reine d’Angleterre qui ne dispose même pas des pouvoirs de représentation.
Cette situation aboutit à une double plainte qui paralyse le travail gouvernemental et l’ampute de son indispensable efficacité, surtout en ces temps de crise : la machine ministérielle se plaint du manque d’impulsion suffisante et le dynamo présidentiel de la lenteur des réformes.
Le second angle est celui de l’ouverture politique. «L’ouverture» est un mot dans lequel Nicolas Sarkozy a investi toute son énergie, avec des arrière-pensées politiciennes bien établies. La goutte d’eau qui vient d’allumer le feu de l’amertume est la décision de confier une mission à Jack Lang, qui se revendique toujours comme un socialiste, d’être l’émissaire spécial de Nicolas à Cuba avec une tâche bien particulière, celle de préparer la relance du dialogue politique entre La Havane et Paris.  
Devant les grincements de dents suscités par une telle démarche, Jack Lang qui se présente comme «un ami de longue date de Cuba» et qui avait acquis une célébrité politique après avoir été un des plus imaginatifs ministres de la Culture de François Mitterrand, se défend de retourner sa veste ou d’abandonner sa famille politique, comme l’ont fait des hommes comme Bernard Kouchner et Eric Besson. Cette mission, claironne-t-il à qui veut l’entendre, il l’a acceptée parce qu’il se sent en harmonie avec la politique étrangère de Nicolas Sarkozy et parce qu’il a eu la bénédiction de la nouvelle femme forte du PS, Martine Aubry.
Mais la pilule «Lang» a du mal à passer au sien de la majorité présidentielle. Des commentaires d’une grande acidité recueillis par certaines enquêtes dans la presse laissent entrevoir le malaise qui menace Nicolas Sarkozy. N’y avait-il pas des personnalités suffisamment qualifiées pour mener à bien cette mission de relance de dialogue politique avec Cuba? Lorsque Nicolas Sarkozy avait décidé d’encourager la nomination du socialiste Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI à Washington, ils étaient nombreux à crier au coup de génie qui avait allumé « la Fitna » dans les rangs socialistes et déstabilisé l’opposition.
Avec Jack Lang, le coup semble gratuit. Sauf à considérer cette gratification comme une récompense  différée à celui qui a avait été au vote de la révision de la Constitution lors du dernier congrès de Versailles.
Ou alors s’agit-il d’élever un rideau de fumée pour  tenter de camoufler une nomination contestée par l’opposition celle de François Pérol à la tête du groupe Caisse d’Epargne-Banque Populaire.
Alors que Nicolas Sarkozy s’apprête, élections européennes de juin prochain obligent, à remanier son appareil gouvernemental, «l’ouverture» politique qu’il a pratiquée avec un courage et une imagination reconnue par ses adversaires ne semble plus faire recette au sein de sa propre famille politique. L’argument électoral brandi par certains conseillers de l’Elysée pour justifier une telle démarche et la faire accepter par les cercles les plus récalcitrants, ne semble plus avoir une pertinence persuasive. Les personnalités socialistes que Nicolas Sarkozy a jusqu’à présent accrochées à sa bandoulière, n’ont ni l’ancrage, ni le poids électoral et politique susceptible de renverser une tendance. Reste l’argument d’affaiblir l’adversaire socialiste en tentant de lui prendre ce que l’Elysée considère comme ses éléments les plus médiatiques. Même cet argument ne semble plus avoir prise sur la réalité.
Le PS, qui avait été surpris par les attaques de Nicolas Sarkozy sur «ses ressources humaines» , est en train de réorganiser ses forces et d’immuniser ses rangs contre les tentations sarkozystes.

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