Nicolas Sarkozy dégaine l’épouvantail de l’insécurité

Alors que la thématique de l’insécurité avait disparu depuis longtemps des grandes lignes de l’actualité, la voilà qui refait brusquement son apparition et monopolise toute l’attention. Il est vrai que le calendrier électoral y est propice. Les partis politiques français s’apprêtent à mener une des plus engageantes batailles que sont les élections européennes.
Et c’est Nicolas Sarkozy qui a donné le tempo en défendant dans un grand discours dans la ville de Nice de nombreuses mesures destinées en principe à durcir la politique sécuritaire du gouvernement comme la lutte contre les bandes, l’interdiction des cagoules dans les manifestations, la protection des écoles et le droit des victimes… Toutes ces mesures figurent dans un projet de loi que Christian Estrosi, maire de Nice, va présenter devant l’Assemblée nationale le mois prochain.
Il a fallu que Nicolas Sarkozy s’empare personnellement du dossier de l’insécurité pour que pleuvent de partout les accusations d’instrumentalisation électorale des peurs des Français. C’est que l’homme a déjà montré son habileté dans ce domaine. Dans sa minutieuse ascension vers l’Elysée, Nicolas Sarkozy avait fait, d’abord en tant que ministre de l’Intérieur, puis candidat UMP à la présidentielle, de l’insécurité le juteux fonds de commerce pour séduire et rassurer. Avec un succès indéniable qui avait fait passer ses adversaires pour des doux rêveurs et des enfants de  chœur. Notamment lorsque l’insécurité fut appelée à la rescousse un certain 21 avril 2002 pour faire trébucher Lionel Jospin.
Le souvenir de cette manipulation réussie est encore si vivace dans les esprits. Ce qui explique la convergence des réactions qui, dans l’ensemble, dénoncent une volonté de reproduire un exploit.  La cicatrice encore béante, les socialistes se sont déchaînés contre Nicolas Sarkozy sur le thème «La grosse ficelle, la vieille chanson …on la connaît».  Delphine Batho veut retourner le coup à son envoyeur : «Il serait grand temps que le président de la République se rende compte que 7 ans se sont écoulés depuis 2002 et que c’est désormais sur son propre bilan qu’il doit rendre des comptes aux Français». Tandis que Vincent Peillon, tête de liste PS aux élections européennes dans le sud-est, y pressent les ingrédients d’une manipulation à ciel ouvert : «Alors que nos concitoyens attendent des réponses fortes  face à la crise, le chef de l’Etat tente une énième diversion pour éviter tout débat sérieux sur son bilan et ses orientations européennes, en réveillant le serpent de mer de l’insécurité».
Les Verts comme le Front National se son ligués pour dénoncer la posture de Nicolas Sarkozy sur le sujet. Céline Duflot, secrétaire nationale des Verts fait le constat opposé à celui du gouvernement: «ce qui augmente de manière dramatique, c’est bien l’insécurité sociale . Mais tel un pompier pyromane, Sarkozy souhaite faire oublier ses échecs en soufflant sur les peurs des autres (…)  il nage dans la démagogie sécuritaire».
Nicolas Sarkozy ne trouve grâce aux yeux de personne, exceptés ses fidèles de l’UMP. Même le Front National qui a pris l’habitude de se réjouir de toutes les postures sécuritaires viriles  de la droite traditionnelle. Marine Le Pen , l’héritière déclarée de son père fait la fine bouche : «Les discours de Nicolas Sarkozy sur l’insécurité arrivent et on voit qu’on est proche des élections. Il est évident que Nicolas Sarkozy se sert de la position qui est la sienne pour tenter dans un but électoraliste d’influencer les Français».
La prise en main de Nicolas Sarkozy du dossier de l’insécurité a été telle que même le Parti communiste français, qui se trouve actuellement dans une profonde léthargie, est sorti de son silence pour tirer à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy : «son bilan est nul. Il en vient même à instrumentaliser son propre échec pour faire oublier l’état d’urgence social dans lequel se trouve la France aujourd’hui».
A tous ceux qui lui reprochent de revenir opportunément sur le terrain de l’insécurité pour tenter de refaire des étincelles comme au bon vieux temps, Nicolas Sarkozy répond par l’ironie : «Mon Dieu, il faudra bien m’expliquer quand j’en étais parti ! »

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