Nicolas Sarkozy ou la difficulté de dompter sa majorité

Nicolas Sarkozy ou la difficulté de dompter sa majorité

Lorsque l’opposition tire à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy et dénonce la flagrante démagogie de son virage sécuritaire, le président de la République ne semble rien craindre de cette effervescence. Elle fait partie du jeu institutionnel de la politique. Un gouvernement qui propose. Son droit le plus absolu. Une opposition qui s’oppose. Son devoir le plus minimal. Mais quand au sein de sa propre majorité, Nicolas Sarkozy sent des réticences, des personnalités qui extériorisent, même en la murmurant, leurs mauvaises humeurs, la lampe rouge du danger qui tue s’allume. C’est ce qui est en train d’arriver à Nicolas Sarkozy depuis qu’il a infusé dans le débat politique des mots comme «déchéance de la nationalité», «sanction de parents de délinquants» et contre «les maires défaillants», «rafle» contre les Roms et les gens du voyage… est de l’ordre d’une sourde opposition domestique qui est en train de naître. Pas suffisamment forte pour s’organiser en groupe visible et distinct, ni suffisamment faible et marginale pour l’ignorer. Cette mauvaise humeur au sein de la majorité est actuellement portée par trois anciens Premiers ministres qui se positionnent déjà comme des références de sagesse et de modération là où Nicolas Sarkozy campe, sans doute malgré lui, un personnage fébrile et excité à l’extrême. C’est à titre d’exemple un homme comme Alain Juppé, maire de Bordeaux qui exécute le ministre Christian Estrosi et son idée de sanctionner les maires défaillants en matière de sécurité en qualifiant l’idée de simplement «absurde». C’est un homme comme Jean-Pierre Raffarin qui se positionne en père de la morale et invite sa famille politique à adopter des posions qui «rassemblent» plutôt que celles qui «clivent». C’est un homme comme Dominique de Villepin qui laisse ses députés comme Jean-Pierre Grand tirer au chalumeau sur l’architecture sécuritaire de Nicolas Sarkozy. C’est des femmes comme Christine Boutin qui demande au gouvernement d’arrêter de «cultiver la peur». C’est enfin de hommes comme Bernard Debré, député UMP de Paris, qui résume l’ensemble du malaise: «Il ne serait pas acceptable de tout lier: intégration, religion, terrorisme et étrangers venus en France. Il y a des terroristes français, il y a des criminels français (…). Méfions-nous cependant des raccourcis faciles à faire, surtout en période de crise internationale». Autant de dissonances au sein de sa propre famille qui affaiblissent la parole de Nicolas Sarkozy et participent à discréditer sa démarche. Le président de la République peut toujours entonner un air déjà connu sur des majorités riches de leurs diversités, fortes de leur débat contradictoire. Mais quand les angles sont à ce point pointus, la difficulté de rassembler devient paralysante et la reconquête de nouveaux espaces impossible. Il est tout aussi vrai que ces mauvaises humeurs, à l’exception sans doute de celle du courant Dominique de Villepin travaillé par une autre logique, ont un lien étroit avec les soubassements du remaniement en cours et dont la physionomie finale doit apparaître en octobre. Pendant de pareilles périodes, les mauvaises humeurs sont volontairement accentuées pour réclamer un prix de silence et de fidélité.

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