Nicolas Sarkozy tente la réforme des institutions

Le Parlement français réuni en congrès, ce lundi 21 juillet, sera le théâtre d’une grande épreuve politique pour Nicolas Sarkozy. Sénateurs et parlementaires se retrouvent à Versailles pour décider du sort de la réforme de la Constitution proposée par le président de la République.
Le but de cette réforme est de toiletter en profondeur la Constitution de 1958 en accordant davantage de pouvoir de contrôle au Parlement. Une des promesses phares du candidat Sarkozy. Le locataire de l’Elysée en a fait depuis son élection une affaire d’ego dont l’adoption signifie une entrée fracassante dans l’histoire de la cinquième République et dont le rejet signifie un cuisant échec personnel.
Parmi les mesures choc de cette réforme, le président de la République ne pourra plus accomplir plus de deux mandats comme son homologue américain et pourra intervenir devant les deux Chambres réunies en congrès. Son pouvoir de nomination est davantage encadré par des commissions formées au sein du Parlement qui va maîtriser de plus près son agenda pour mieux contrôler l’action du gouvernement.
Cette consultation est l’objet d’un vrai suspense. Et pour cause. S’il était question du vote d’une simple loi au Parlement, la majorité présidentielle dispose, à l’Assemblée nationale, d’une avance confortable qui lui permet, en cas de discipline de vote, d’être à l’abri des surprises arithmétiques. Mais pour être votée, la réforme de la Constitution a besoin de l’adhésion des 3/5 des membres de ce congrès. Un calcul assez subtil. Ce chiffre n’était pas acquis d’avance. Jusqu’à la dernière minute, Nicolas Sarkozy a déployé un volet de mesures et de concessions pour mieux séduire l’opposition et se mettre définitivement à l’abri des surprises. Sur un point qu’il sait politiquement sensible et explosif comme son intervention au sein du Parlement, Nicolas Sarkozy s’est voulu rassurant en formulant expressément des garanties : «Je prends l’engagement que des garanties seront apportées pour que l’opposition puisse répondre chaque fois que le président de la République tiendra un propos qui concerne la politique française».
La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre. Tranchée et déterminée. Dans une démarche rare, ce qui était connu, du temps mémorable de Lionel Jospin, sous le label de «la gauche plurielle», le PS, PCF et Verts diffusent un communiqué dans lequel ils constatent «qu’aucune disposition ne vient renforcer les pouvoirs du parlement» et que cette réforme «accentue la présidentialisation» du régime.
Il est vrai que l’opposition répondait à une invite sous forme de petite provocation de la part de Nicolas Sarkozy quand il lance en direction de la rue Solferino : «J’espère que les socialistes sincères comprendront qu’il y aurait une certaine forme de ridicule à ne pas voter une réforme dont ils n’ont cessé de rêver les contours sans jamais la mettre en œuvre».
Ce à quoi François Hollande, le patron des socialistes, répond dans la même veine : «La méthode révèle le contenu même de la réforme, la dérive présidentialiste est là vérifiée. Nicolas Sarkozy s’exprime comme s’il était à la fois président de la République, Premier ministre, garde des Sceaux, président de l’Assemblée nationale, président du Sénat et président du Conseil supérieur de l’audiovisuel». La stratégie des socialistes est claire : tout faire pour empêcher Nicolas Sarkozy de cueillir le fruit d’une réforme de grande ampleur. Voire faire en sorte qu’un refus du congrès d’entériner cette réforme sur laquelle il avait investi autant d’énergie et de crédit, puisse apparaître comme un échec personnel du président de la République.
La grande confusion qui règne autour de ce vote de la réforme de la Constitution provient d’un constat à la double contradiction : Il est indéniable qu’au sein de la famille UMP, de nombreux députés restent attachés à la Constitution de 58 et pourraient manifester leur mauvaise humeur en s’y opposant. La seconde contradiction vient des rangs du Parti socialiste dont un certain nombre pourrait ne pas se plier à la discipline du parti et voter la réforme. D’où la grande incertitude qui règne sur le château de Versailles à la veille d’une journée que l’Elysée voudrait historique.

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