Olmert : après les idées, les décisions

Olmert : après les idées, les décisions

Nous avions évoqué, il y a quelques jours, dans ces colonnes les « idées» du chef du gouvernement israélien, Ehoud Olmert. Dans une interview publiée par le grand quotidien populaire Yediot Aharonot, sous le titre «Rien ne m’arrêtera», celui-ci donne quelques précisions sur la «doctrine» sous-tendant son action ainsi que quelques indications sur son état d’esprit.
«Je ne flotte pas dans les nuages, je me trouve à la place où j’ai passé une grande partie de ma vie» (!), affirme ainsi le successeur d’Ariel Sharon même s’il reconnaît : «Siéger dans le bureau du chef du gouvernement m’a profondément ému, du fait de la signification et de la gravité des décisions qui sont prises dans ce lieu». Des décisions dont il peut mesurer les conséquences sur la bonne tenue de sa coalition gouvernementale et parlementaire. Comme le rappelle l’intervieweur Sima Kadmon, Ehoud Olmert, «patron» de Kadima, a reçu dans le coin salon de son bureau, le 30 mai dernier, son principal allié, le dirigeant du parti travailliste, Amir Peretz. Celui-ci n’avait pas fait mystère de son mécontentement et de celui de ses partisans face aux coupes sombres opérées dans le budget de l’Etat et d’aucuns doutaient de l’avenir du contrat de gouvernement passé par les deux hommes.
Ehoud Olmert a dissipé ces interrogations en affirmant que leur entretien s’était bien passé : «Nos relations sont bien meilleures qu’on ne le dit. Quand j’étais maire de Jérusalem et Amir Peretz Secrétaire général de la Histadrouth, j’ai pu parvenir à conclure des accords sociaux satisfaisants et à entretenir de bons rapports avec le monde du travail. Pour autant, nous n’étions pas des proches et ce qui m’apparaît aujourd’hui comme une certaine distance régnait entre nous. Nous avons été tous deux candidats à la direction du gouvernement. J’ai gagné et il nous faudra du temps pour que nous nous habituions l’un à l’autre». Mais, affirme Ehoud Olmert, «l’avantage est qu’il n’y a aucun contentieux émotionnel négatif entre nous.
Nos relations sont meilleures que celles entre Ariel Sharon et Benyamin Netanyahou. Je comprends qu’Amir Peretz veuille, dans l’avenir, être Premier ministre. Pour l’heure, il n’est que le chef d’un parti qui est notre partenaire naturel et nous saurons trouver un terrain d’entente… C’est à dessein que j’ai choisi les Travaillistes comme alliés afin de pouvoir mener la politique qui sera la mienne.
Ce gouvernement connaîtra, je vous le garantis, une plus grande longévité que ceux qui l’ont précédé et ira jusqu’au bout de son mandat de quatre ans, d’autant qu’il n’y a pas d’alternative. Contrairement aux rumeurs, je ne regrette nullement d’avoir confié le portefeuille de la Défense à Amir Peretz. Tsahal l’a d’ailleurs bien accueilli». Le chef du gouvernement n’a pas caché à Sima Kadmon que son récent voyage à Washington a renforcé la confiance qu’il avait en lui. Son discours, «le plus émouvant de ma vie», devant le Congrès américain (Sénat et Chambre des représentants) a duré 28 minutes et a été interrompu à 19 reprises par des applaudissements 19 fois. Il a confié à son interlocuteur : «Tous les membres du Congrès m’ont ovationné, debout, et, moi, je souhaitais que ces applaudissements ne s’arrêtent pas car j’étais au bord des larmes et incapable de poursuivre la lecture de mon discours». Voilà une singulière et émouvante confidence d’un homme réputé pourtant être arrogant et cynique.
Après avoir évoqué le transfert, le 28 mai dernier, d’Ariel Sharon, toujours plongé dans le coma de l’hôpital Hadassah de Jérusalem à l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv («quelle tragédie, quelle cruelle ironie de l’histoire!»), Ehoud Olmert a clairement indiqué qu’il suivrait les traces de son prédécesseur : «En ce qui concerne le repli des territoires palestiniens, rien ne m’arrêtera. Car c’est pour cela que j’occupe les fonctions qui sont les miennes. Certains, s’ils avaient été nommés Premier ministre, auraient -et c’est là le danger- préféré consacrer leur mandat aux honneurs et aux cérémonies protocolaires.
Ce sont des considérations sans valeur à mes yeux. J’entends consacrer toutes mes forces, toute mon énergie créatrice et toute mon expérience à franchir un pas qui nous mènera vers un «ailleurs». J’espère, en fait, qu’à la fin de mon mandat, la réalité sera totalement différente de celle que j’ai trouvée en arrivant au pouvoir». Et Ehoud Olmert d’ajouter : « En janvier dernier, je m’étais adressé à Abou Mazen (Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne), pour lui exprimer l’espoir d’une reprise des négociations.
Je compte le rencontrer à la fin de ce mois de juin après mes rencontres avec le président Hosni Moubarak, le roi Abdallah de Jordanie et les dirigeants européens. Je ne renoncerai pas aux conditions préalables fixées par la «feuille de route» et le «Quartet». Se référant ainsi aux négociations prévues par le Quartet (Etats-unis, Russie, Union européenne et ONU) entre Israël et le gouvernement palestinien en vue de la fixation définitive des frontières, Ehoud Olmert précise : «Je rencontrerai donc Abou Mazen pour voir comment il est possible de mettre en œuvre ces conditions, Si nous parvenons à un accord, des négociations commenceront. Dans le cas contraire, nous agirons de façon indépendante mais nous ne le ferons pas seuls, même si l’autre interlocuteur ne peut être palestinien, nous consulterons les Etats-Unis et l’Union européenne pour essayer de créer un processus débouchant sur un accord».
Une affirmation qui doit être interprétée à la lumière de cette autre affirmation du Premier ministre : «Sans parler dans le détail de la carte et du calendrier que j’ai bien en tête, je suis opposé à un redéploiement territorial par étapes. Procéder par étapes successives serait ardu et ne pourrait que troubler encore plus l’opinion publique, voilà pourquoi je n’y suis pas favorable. Nous essaierons de mettre sur pied une infrastructure en liaison avec la communauté internationale afin de parvenir à une séparation sur la base de la délimitation des frontières, impliquant d’une part le regroupement en blocs de plusieurs colonies, afin d’évacuer le maximum de territoires palestiniens, et d’autre part le retrait d’un territoire continu placé sous souveraineté palestinienne…».
A la fin de l’interview, Ehoud Olmert, auquel Sima Kadmon avait demandé si, depuis sa rencontre avec George Bush, il dormait bien, répond : «Un chef de gouvernement israélien ne peut jamais dormir paisiblement.
Il doit toujours garder un œil ouvert», avant d’ajouter : «si la question est : les Américains s’occupent-ils comme il convient de la menace que fait planer contre nous l’Iran ?, alors ma réponse est : oui!».
Cette interview accordée par Ehoud Olmert à Yediot Aharonot donne donc une vision assez claire de son état d’esprit. Bien décidé à travailler étroitement avec le «Marocain» Amir Peretz, fier de l’accord qu’il a reçu aux Etats-Unis et des assurances que lui a fournies George Bush quant à la «menace iranienne» contre Israël, le Premier ministre entend se retirer en une seule fois des territoires palestiniens dans le cadre d’un processus de négociations fixé par la «feuille de route». Ce qui pourrait donner, peut-être, satisfaction à la demande formulée par Mahmoud Abbas…

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