OMC : un sommet peu prometteur

OMC : un sommet peu prometteur

La conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’est ouverte hier, mardi 13 décembre, à Hong Kong sous le signe du scepticisme. Certains observateurs déclarent déjà ce sommet qui se tiendra jusqu’au 18 décembre comme mort-né. La conjoncture actuelle rend, en fait, de plus en plus difficile le sauvetage du cycle de Doha. Il sera plutôt question de limiter les dégâts.  Les délégations de l’Organisation mondiale du commerce ne cachaient pas, à la veille de l’ouverture de ce sommet, que les perspectives de succès étaient plus que limitées, le monde développé et les pays du Sud ne s’étant toujours pas rapprochés sur la place des subventions agricoles et leur abolition éventuelle.Ce sommet devait normalement faire avancer le cycle de négociations lancé en 2001 à Doha (Qatar), destiné à ouvrir les marchés et faire baisser les tarifs douaniers dans un large éventail de secteurs. Cependant, les pays en voie de développement accusent les Etats-Unis, l’Union européenne et d’autres économies riches de s’accrocher à leurs subventions agricoles et barrières douanières. Après deux échecs, en 1999 et 2003, les négociateurs vont-ils boucler d’ici à fin 2006 le "cycle de Doha" de libéralisation des échanges, lancé dans la capitale du Qatar il y a quatre ans ? Ou bien aura-t-on droit à un nouveau fiasco?
«Il est désormais clair qu’à moins d’un miracle, (…) nous n’aurons pas d’accord final à Hong Kong», a déclaré lundi à la presse le ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim. Il a accusé les pays riches de sacrifier les intérêts de 70% du monde en voie de développement pour une infime fraction de leur population. «Qui sont les agriculteurs français ? Ce sont des gens qui possèdent des petites propriétés et fabriquent du Camembert ou vendent du Bordeaux», a-t-il lancé. Lors de son discours inaugural, Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, a appelé les 149 pays membres à prendre des «risques» afin de sortir de l’impasse actuelle dans la libéralisation des échanges. «Ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont des négociateurs audacieux, ouverts et prêts à prendre des risques», a-t-il plaidé. «Il faut prendre des risques. Eviter les risques, y compris politiques, ne nous mènera à rien», a-t-il ajouté.
À se demander qui sera prêt à faire des sacrifices au profit de la mondialisation ? Telle est la question.
La France, elle, a déjà averti qu’elle refuserait toute proposition qui irait au-delà de la réforme de la politique agricole commune déjà concédée de haute lutte en 2003. Paris sera «extrêmement vigilant», a prévenu la ministre française déléguée au Commerce extérieur, Christine Lagarde.
Quant au veto, dont le président Jacques Chirac avait brandi la menace en cas d’accord à l’OMC qui ne respecterait pas intégralement la réforme de la Politique agricole commune (PAC) adoptée en 2003, il ne serait pas d’actualité à ce stade. Cependant, le Brésil, à la tête des pays exigeant une réduction des subventions agricoles, continue de réclamer un nouveau geste de Bruxelles. «Si l’UE n’améliore pas son offre, on ne peut pas progresser dans les autres domaines», a averti vendredi Clodoaldo Hugueney, ambassadeur du Brésil auprès de l’OMC. Quelques jours auparavant, le ministre brésilien du Commerce extérieur Luiz Fernando Furlan, avait qualifié de «médiévales» les subventions européennes. L’Union européenne propose de réduire de 60% ses barrières douanières agricoles les plus élevées, avec un abaissement de la moyenne de 46%, des chiffres jugés insuffisants par les Etats-Unis et les pays en voie de développement.
Les négociations en cours à l’OMC visent à abaisser les obstacles au commerce mondial. Elles butent depuis principalement sur un différend autour des subventions à l’agriculture. À défaut d’une percée sur ce dossier, l’OMC espère au moins un accord à Hong Kong sur des mesures spécifiques d’aide aux pays les plus pauvres.

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