P.O : L’horreur s’installe durablement

P.O : L’horreur s’installe durablement

Le temps est à l’horreur dans toutes ses formes au Proche-Orient. A la violence et meurtres qui constituent le lot quotidien de plus d’un point noir de la région, Palestine en premier, mais aussi l’Irak, est venue s’ajouter ces derniers temps une nouvelle tendance.
Celle des boucheries télévisées. Une dépêche de l’agence AFP renseigne à plus d’un titre sur ce sujet. Il en ressort que la prise d’otages, égorgés par la suite, la mutilation et l’exhibition de prisonniers sont en passe d’installer la région dans un engrenage qui n’est pas prêt de tasser et où le mot d’ordre n’est autre que le sang.
Un engrenage dont la dernière illustration en date n’est autre que le véritable massacre dont neuf des otages retenus samedi par le groupe armé à Al-Khobar, en Arabie saoudite, ont fait l’objet. Un Italien et un Suédois, ont été égorgés par leurs ravisseurs avant que les forces saoudiennes donnent l’assaut dimanche à l’aube. Le tout relaté à travers des images de télévision qui ont montré la cage d’escalier de l’immeuble où étaient retenus les otages couverte de grandes flaques de sang. Des horreurs auxquelles s’ajoutent bien d’autres. Le 11 mai, un groupe clandestin a diffusé sur internet un film montrant la décapitation au sabre d’un civil américain enlevé en Irak, Nicholas Berg, qui aurait été exécuté par Abou Moussab al-Zarqaoui, responsable présumé d’Al-Qaïda. Lors d’une attaque le 2 mai contre une firme européenne à Yanbu, dans le nord de l’Arabie saoudite, le corps de l’un des cinq Occidentaux tués avait été mutilé et traîné dans les rues, accroché à une voiture par les assaillants, selon des témoins. Le 31 mars, les corps de deux des quatre civils américains tués avaient été également mutilés puis exhibés dans la ville rebelle sunnite de Falloujah en Irak, provoquant un siège de la localité par les forces américaines et des combats qui ont fait plus plus de 280 tués côté irakien. Cité par la même agence, le politologue égyptien Diaa Rachwane, spécialiste des mouvements islamistes, a expliqué que « cette violence qui franchit à chaque fois un nouveau palier dans l’horreur s’explique par le fait que la guerre ouverte entre les Etats-Unis et leurs adversaires, notamment islamistes, semble ne plus obéir à aucune règle».
«Après le 11 septembre, les Etats-Unis ont proclamé la guerre contre un ennemi numéro un, le terrorisme, qui n’est pas clairement défini», explique Diaa Rachwane, du centre al-Ahram pour les études stratégiques qui a précisé que le théâtre des opérations n’est pas non plus limité, contrairement aux guerres conventionnelles, l’objectif lui-même n’est pas clair et, surtout, cette guerre n’est pas régie par les lois internationales ou toutes autres règles éthiques.
Pour sa part, la sociologue libanaise Dalal Bizri, basée au Caire, estime que « la symbolique spectaculaire », comme dans le cas de l’exécution au sabre filmée en vidéo, «sert à compenser la faiblesse » de ces groupes islamistes. «La symbolique spectaculaire compense le nombre restreint de victimes. Ils cherchent à faire peur » en tuant une seule personne, mais d’une manière atroce, dit-elle. « C’est un cercle vicieux de violence. Il n’y a aucune force capable de dire arrêtez, réfléchissez, aucune voix qui appelle au dialogue ou à la réflexion », selon la sociologue qui estime que ce bras-de-fer entre les extrémistes et les Etats-Unis ne peut « que s’intensifier». Les Etats-Unis qui agissent en toute impunité. L’équilibre des forces est simplement faussé.

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