P.O : L’initiative française

L’initiative de Paris est à saluer, car elle semble vouloir faire avancer les choses, et surtout, elle se démarque de l’immuable alignement sur les thèses israéliennes par Washington et Londres.
La France met en avant l’idée de reconnaissance de l’Etat palestinien, associée à celle d’élections en Palestine, pour provoquer un choc et une prise de conscience au niveau international et notamment européen. Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères ne mâche pas ses mots. A New York, en marge du Forum économique mondial, il a déclaré lundi au quotidien français « Le Monde » : «nous sommes dans un blocage total et une dégradation accélérée au Proche-Orient». Et d’estimer qu’il faut « absolument trouver un moyen de sortir du piège ». Le chef de la diplomatie française a souligné qu’il est « insupportable » pour la France de penser à la situation pathétique du peuple palestinien et du peuple israélien, qui vit dans la peur des attentats. Et, pour donner de l’oxygène politique à ces deux peuples, la France propose d’abord des élections générales dans les territoires palestiniens. L’objectif serait de renforcer la légitimité populaire de l’Autorité palestinienne.
Ensuite, une reconnaissance précoce de l’Etat palestinien avant qu’il ait trouvé sa forme géographique. Mais les palestiniens devraient négocier sur la base des frontières du 4 juin 1967. Paris, qui semble vouloir jouer un rôle au Proche-Orient, estime que cela pourrait provoquer un choc psychologique, relancer le processus de paix et justifier l’arrêt de l’Intifada. M. Védrine ajoute que l’organisation des élections générales « pose énormément de problèmes ». «Mais dans le trou noir où l’on se retrouve actuellement, il ne faut écarter aucune idée». Cela supposerait évidemment le retrait de l’armée israélienne et le déploiement d’observateurs internationaux. Ce que Tel Aviv ne veut admettre en aucun cas. En ce qui concerne les élections, il existe plusieurs formules : élections législatives et municipales simultanément avec l’élection du président de l’Autorité. Avec les élections, les Israéliens, qui arguent du « manque de légitimité de l’Autorité palestinienne » et qui la contestent, seront mis dans une situation où ils ne pourront plus reculer.
L’organisation de nouvelles élections aurait justement pour objectifs d’asseoir la « légitimité » du président Arafat « dans ses efforts pour réduire les mouvements extrémistes » et de rassurer les Israéliens sur les intentions pacifiques des Palestiniens. En outre, la reconnaissance d’un Etat palestinien permettrait notamment de « provoquer le choc psychologique pouvant justifier la fin de l’Intifada » et « réimpliquer la société palestinienne dans son projet de construction de l’Etat ». Deux propositions « étroitement complémentaires ». Mercredi dernier, à Bruxelles, Paris avait déjà proposé ces idées à ses partenaires européens. Des idées qui sont proches de celles récemment avancées par Shimon Pérès, le ministre israélien des Affaires étrangères, et Ahmed Qoreï, le président du Parlement palestinien. En tous cas, les Européens ont assez dormi et l’initiative française semble être une occasion propice pour eux de rendre un tant soi peu justice à tout un peuple en train d’agoniser.

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