Palestine : Naplouse, une ville en perdition

Palestine : Naplouse, une ville en perdition

Selon un rapport publié, il y a deux semaines, par 40 ONG locales, les pertes de Naplouse, principale ville du nord de la Cisjordanie, depuis la seconde Intifada, s’élèvent à 300 millions de dollars. L’occupation, le siège imposé par l’armée israélienne ainsi que les incursions militaires systématiques en sont les principales causes. La ville doit faire face au désespoir de la population et à la fuite de ses jeunes diplômés. Le rapport est édifiant. Outre les pertes économiques s’élevant à 300 millions de dollars depuis le début de la seconde Intifada, les 140.000 habitants de la ville doivent faire face à un taux de chômage atteignant 35% de la population active. Un comité ministériel vient d’être mis en place afin de répondre à cette crise économique.
Les ONG accusent l’occupation israélienne et notamment le siège imposé depuis 2000 sur la ville, dont les habitants représentent 16% des Palestiniens de Cisjordanie. Les incursions israéliennes sont quotidiennes et l’armée démolit les infrastructures, plongeant la ville dans un désarroi économique et social inquiétant. Le 2 juin, les soldats ont détruit une partie de la vieille ville de Naplouse, constituant le souk. Les pertes sont estimées à plus de 100.000 dollars. En septembre 2006, les soldats ont pillé pour plus de 350.000 dollars de fonds dans les banques et bureaux de change de la ville, prétextant appartenir à la résistance. En juillet 2006, la Moqatâa, administration de tout le gouvernorat de Naplouse, a été ravagée par les roquettes et les bulldozers israéliens. L’insécurité fait fuir les jeunes diplômés de la ville. Selon le Bureau palestinien des statistiques, l’armée israélienne a causé la mort de plus de 575 habitants de Naplouse depuis le début de la seconde Intifada, équivalent à 12% des victimes palestiniennes, dont la majorité a entre 18 et 29 ans. Les ONG de la ville affirment que 17% des prisonniers de la Cisjordanie enfermés dans les geôles israéliennes sont originaires de Naplouse. «J’attendrai un an et si la situation ne s’améliore pas, je pars rejoindre ma sœur en Arabie Saoudite», déclare Omar, 25 ans, étudiant. Moussa, 23 ans, en fin d’études sportives, renchérit  : «Si je ne trouve pas de travail ici, je partirai aux Etats-Unis. J’ai de la famille à Chicago, New York et dans l’Ohio. Depuis le boycott du Hamas, il n’y a plus d’espoir ici, plus de travail, plus d’avenir. Nous n’avons plus de perspectives.», témoigne Om’Ali, responsable de projets au sein de la Société palestinienne pour le développement et la démocratie. «Nos jeunes ne pensent qu’à partir, même si la plupart d’entre eux  n’en ont pas les moyens». La fuite de la jeunesse et des cerveaux palestiniens est facilitée par la dispersion des familles dans le monde : sur les 10 millions de Palestiniens, près de la moitié sont établis en dehors des territoires, notamment dans les pays arabes.
Ce que vivent les habitants de Naplouse est révélateur de la situation générale dans les territoires palestiniens occupés. Selon les ONG locales, 26% des Palestiniens ne vivent qu’avec 1 à 2 dollars par jour. La Banque mondiale avance un chiffre bien plus catastrophique, atteignant 60% de la population. Le produit intérieur brut aurait chuté de 8% en 2006. Le harcèlement continu opéré par l’armée israélienne a pour conséquence la dislocation de l’économie et de la société palestiniennes. Est-ce l’effet escompté ? La question reste entière.

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