Paris s’interroge sur sa présence en Afghanistan

Paris s’interroge sur sa présence en Afghanistan

Une chose est certaine. L’apparent consensus politique que Nicolas Sarkozy avait réussi à obtenir pour consolider la présence militaire française en Afghanistan est en train de voler en éclats. La double goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut le décès de Johan Naguin, 24 ans, trente et unième soldat français tué depuis l’engagement de l’armée française dans cette crise et le bombardement aveugle de l’Otan de Kunduz dans le nord de l’Afghanistan où les victimes civiles se comptent par dizaines.
Ces deux événements ont provoqué une émotion locale et internationale. Ils ont largement suffi à enflammer les esprits. La première à faire entendre le cliquetis de son indignation fut la première secrétaire du PS, Martine Aubry en des termes qui ne laissent place à aucun doute sur la détermination de la gauche à faire de l’Afghanistan un terrain de manœuvres politiques pour mettre la pression et affaiblir Nicolas Sarkozy.
Après avoir contesté le fait que le président de la République ait décidé, au printemps dernier, sans aucun réel débat, d’envoyer 700 soldats supplémentaires en Afghanistan, Martine Aubry s’interroge : «On ne peut pas continuer à être dans un tel bourbier où la population souffre et où nous pleurons nos morts sans qu’on se repose la question du rôle de la France et de l’intérêt d’être là-bas».
Parallèlement à la charge de Martine Aubry, le secrétaire national du PS à l’international Jean-Christophe Cambadélis se fend d’un communiqué où il se dénonce que les missions des troupes françaises aient pu changer de nature : «les Français ont droit de savoir pourquoi nos militaires, engagés au début aux côtés des Américains pour une mission de sécurisation de Kaboul, sont désormais partie prenante d’une guerre sanglante où plus de 100.000 soldats étrangers ne parviennent pas à assurer la sécurité dans ce pays».
Même ceux qui, parmi les socialistes, défendent le maintien des forces françaises en Afghanistan comme le député Manuel Valls, invitent à revoir l’architecture de cet engagement : «Partir de là-bas serait un signe d’abandon. En même temps, il faut sans doute revoir les missions, en discuter avec nos principaux alliés, les Américains, les Anglais».
Devant ces critiques de l’opposition de plus en plus pugnaces et les craintes de les voir trouver un écho favorable auprès de l’opinion française, Nicolas Sarkozy semble avoir donné son feu vert à une contre-attaque de fortune composée de trois niveaux de réponses. Le premier est d’obliger le ministre de la Défense à redire pour ceux qui l’aurait oublié la gravité des enjeux stratégiques que représente l’engagement français dans cette région. En bon soldat, Hervé Morin a récité fidèlement sa leçon qui constitue le levier idéologique sur lequel Nicolas Sarkozy s’appuie pour justifier ses choix militaires : «Avant de proposer ou souhaiter le départ des soldats, il faut se poser ces questions, c’est notre propre sécurité qui est en jeu. Il se joue en partie la stabilité du monde, compte tenu du positionnement stratégique de l’Afghanistan».
Le second étage de la réponse présidentielle est de permettre au ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner de prendre quelques libertés et quelques distances avec les alliés en Afghanistan en appuyant un peu plus fortement que d’usage sur le bouton indignation et dénonciation. Ainsi, commentant le bombardement de l’Otan de Kunduz, Bernard Kouchner utilise un langage et une posture inédite dans la bouche d’une personnalité connue pour ses préférences atlantistes : «Nous devons travailler avec les Afghans et non pas les bombarder (…) C’est une grosse erreur. Il doit y avoir une enquête. Nous devons enquêter et dénoncer les responsabilités».
Le troisième niveau de la tentative présidentielle de tuer le débat qui conteste la présence militaire française en Afghanistan était celui de mobiliser les alliés allemands et britanniques pour exiger la tenue d’une conférence internationale sous l’égide des Nations unies sur l’Afghanistan. Angela Merkel, la chancelière allemande en a résumé l’esprit et la finalité : «Les partenaires internationaux doivent savoir quelles tâches les attendent et le gouvernement afghan quelles responsabilités supplémentaires il doit assumer… afin que les participation internationale puisse être réduite».

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