Pasqua comparaît devant la Cour de justice de la République

Pasqua comparaît devant la Cour de justice de la République

Même si l’attention reste focalisée sur ce nuage volcanique nordique qui paralyse le trafic aérien européen et menace le Vieux continent de grandes conséquences et perturbations économiques, le radar politique ne ratera pas ce lundi une image parlante. Celle de Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, comparaissant devant la Cour de justice de la République pour des faits de corruption et d’abus de biens sociaux qui remontent à la période 1993-1995. Aux grands hommes, les grandes institutions. La Cour de justice de la République est la seule compétente pour juger un ministre pour des activités commises dans l’exercice de son mandat. Charles Pasqua est poursuivi dans trois affaires : L’affaire dite du Casino d’Annemasse, l’affaire du déménagement du GEC-Alsthom et l’affaire du dossier de la Sofremi. Charles Pasqua y est accusé d’avoir perçu des pots-de-vin et de commissions illicites. Lorsqu’il avait comparu devant une juridiction ordinaire, Charles Pasqua avait déjà écopé d’une peine de prison de 18 mois avec sursis. Il avait par ailleurs formulé des menaces qui ont fait trembler de nombreux notables de la République. Et si ces menaces avait acquis un écho particulier, c’est que Charles Pasqua n’est ni un ministre ni même un justiciable ordinaire. Ancien parrain politique de Jacques Chirac avant de rallier Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy, qui se sont rebellés contre lui, Charles Pasqua a toujours traîné une réputation sulfureuse qui définie une vague limite entre la barbouzerie active, les marécages mafieux et le milieu politique. Avec son accent chantonnant du sud volontairement mis en scène, sa démarche de parrain cultivée avec soin, Charles Pasqua s’amusait beaucoup à conforter cette perception. Deux citations choc qui révèlent l’autoritarisme excessif de son tempérament lui collent à la peau : «il faut terroriser les terroristes» et le grand éclat de rire que cela avait provoqué et «la démocratie s’arrête là où commence l’intérêt de l’Etat» provoquant une grande inquiétude sur le sain fonctionnement des institutions.
Charles Pasqua, qui fête ses 83 printemps, a une idée précise du début de ses malheurs avec la justice. ««Ce que je sais, avait-il dit dans une interview récente, c’est que mes ennuis judiciaires ont commencé en 2000, quand j’ai laissé entendre que je serais peut-être candidat à la présidentielle de 2002. Dès lors, tout a été fait pour m’abattre». La comparution de Charles Pasqua devant la Cour de justice de la République n’est pas une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy. L’actuel président de la République avait bâti toute sa fortune politique sur son envie de rompre avec l’ancien système des passe-droits et les vieilles pratiques de corruption. Il risque de prendre de plein fouet les menaces du grand déballage du terrible Monsieur Pasqua si ce dernier se sentait acculé. Outre que l’ancien ministre de l’Intérieur menace de dévoiler des secrets embarrassants pour la genèse de l’actuelle gouvernance, des proches du président de la République comme le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant ou son conseiller spécial, rédacteur des discours les plus enflammés, Henri Guaino sont appelés à témoigner dans ce procès qui va durer jusqu’au 30 avril.

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