Patrice Lumumba, le symbole

Le 17 janvier 1961, un avion se pose à Elizabethville, capitale de la province du Katanga, au sud du de l’ex-Congo belge. A son bord, un prisonnier, Patrice Lumumba (35 ans). Cet ancien employé des Postes a été nommé Premier ministre du Congo lorsque celui-ci est devenu indépendant, le 30 juin 1960. On ne le reverra plus vivant. Il sera assassiné avec deux de ses compagnons. Selon la version officielle, il a été tué lors d’une tentative d’évasion, sur ordre des dirigeants de la province sécessionniste du Katanga. Lorsqu’en 1958, la France décide de donner l’indépendance à ses colonies africaines, des manifestants réclament la même chose à Léopoldville, capitale du Congo belge (aujourd’hui Kinshasa). Les Belges accèdent à leur demande sans ménager de transition. Lumumba devient chef du gouvernement et son rival Joseph Kasavubu, président de la République. Le climat se dégrade très vite en raison du manque d’élites et des dissensions entre les populations de cet immense pays. Dans la rue, les soldats s’en prennent à leurs officiers européens et aux colons. C’est le début des désordres. Ils feront quelque 500.000 victimes chez les Congolais et les Européens. Au Katanga, où se situent les mines de cuivre et de cobalt qui font la fortune du pays, Moïse Tshombé fait sécession avec le soutien actif de la compagnie qui exploite le cuivre et avec l’appui de mercenaires européens.
Lumumba plaide pour un Etat centralisé, contre la volonté de la plupart des Congolais. Il en appelle à l’ONU, qui envoie des «Casques bleus». Mais ceux-ci se gardent (déjà) de s’immiscer dans les troubles intérieurs. En désespoir de cause, le Premier ministre se tourne vers les capitales européennes, sans oublier Moscou. L’URSS bénéficie d’un préjugé très favorable dans les élites du Tiers-monde comme d’ailleurs chez les intellectuels européens. Cet activisme de Lumumba gêne ses partenaires et rivaux.
C’est ainsi que le président Kasavubu révoque Lumumba. Il le fait arrêter et le livre à Tshombé. Le gouvernement belge et la CIA sont très vite suspectés d’avoir trempé dans l’élimination du leader congolais, jugé trop «progressiste», trop véhément, trop conciliant aussi avec l’Union soviétique. De nombreuses séditions éclatent dans le pays à l’initiative des nostalgiques de Lumumba, avec le soutien des Soviétiques et des Cubains, y compris même le révolutionnaire castriste Che Guevara. Pour tenter de faire face au désordre croissant, Kasavubu fait appel au colonel Joseph Mobutu et à son armée. De difficiles négociations s’ensuivent avec le Katanga, au cours desquelles le secrétaire général de l’ONU, le norvégien Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans un bizarre accident d’avion. Tshombé rend enfin les armes, met fin à la sécession et se rapproche de son ancien ennemi, le président Kasavubu. Mais l’un et l’autre sont bientôt exclus du pouvoir. Le 24 novembre 1965, Mobutu devient chef de l’Etat jusqu’en 1997. Vieilli et malade, Mobutu est alors chassé par des envahisseurs venus des pays voisins, le Rwanda, l’Ouganda, le Zimbabwe et l’Angola. Les nouveaux-venus installent Laurent-Désiré Kabila, à la tête de l’Etat. Il sera lui-même assassiné et remplacé par son fils Joseph.

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