Peretz pour la négociation avec Abou Mazen

Peretz pour la négociation avec Abou Mazen

Le 10 mai 2006, chaque ministre du nouveau gouvernement israélien constitué par Ehoud Olmert a pris ses fonctions. La cérémonie la plus suivie par les médias – radio, télévision et presse écrite- a été la passation des pouvoirs au ministère de la Défense, entre l’ancien titulaire, Shaul Mofaz, ex-chef d’état-major de Tsahal, désormais simple ministre des Transports, et Amir Peretz.
Le nouveau ministre de la Défense a immédiatement décidé de réexaminer la question de la réouverture des points de passage entre la bande de Gaza et Israël ainsi que la nature des tirs d’artillerie de Tsahal contre les zones de tirs de roquettes Kassam». D’une part, Amir Peretz s’est déclaré favorable à un allègement des conditions mises au trafic de marchandises avec Israël, afin d’améliorer la situation économique des habitants de Gaza, soumis à une sorte de siège depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas. Seuls quelque dizaines de camions sont autorisés à passer, uniquement dans le sens Gaza-Israël, alors que l’accord de désengagement de la Bande de Gaza avait prévu 150 camions par jour.
D’autre part, Amir Peretz, qui habite avec sa famille la petite ville de Sdérot, localité très proche de la frontière de Gaza et cible privilégiée des roquettes Kassam, considère comme inefficaces les tirs massifs d’artillerie sur les «zones de tirs de Kassam». II demande donc aux militaires de prévoir d’autres formes de réaction. Le jour même de son installation au ministère de la Défense, il demande de transférer plus de 10 millions de dollars pour permettre à l’Autorité palestinienne d’acheter des médicaments Ce déblocage d’une petite partie du produit des droits de douane et des taxes perçues par les Israéliens sur des marchandises destinées exclusivement aux Palestiniens, répondait pour lui, à des objectifs humanitaires, Amir Peretz se joignait, ainsi, à la décision des membres du Quartette (USA, Russie, Union européenne et ONU), d’aider les populations de Gaza en transférant, directement aux fonctionnaires leurs salaires, sans passer par les services du gouvernement du Hamas. Celte décision prise le 9 mai dernier à New York, sous la pression des pays arabes modérés – Arabie saoudite, Egypte et Jordanie, ne peut être un premier succès du Hamas qui se servirait de la détresse de la population palestinienne pour percer sur la scène diplomatique.
Car l’aide rétablie de manière indirecte, dit-on, n’entraîne pas la reconnaissance par la communauté internationale du gouvernement du Hamas. Il est toujours demandé avec insistance à ce dernier de reconnaître l’État d’Israël, de respecter les accords signés par 1’Autorité palestinienne et de rejeter le terrorisme armé. Le ministre de la Défense considère que la dernière position de l’armée (Tsahal) doit ‘être corrigée car le boycott et l’isolement total du gouvernement du Hamas ne sont pas la seule solution, en tous les cas pas le moyen le plus efficace pour affaiblir le gouvernement palestinien, bien au contraire. Il faut donc trouver une issue pour aller plus loin. Ce faisant, il va au-delà de la position officielle du chef du gouvernement, Ehoud Olmert. Amir Peretz demande en effet la reprise immédiate de la négociation avec le président Mahmoud Abbas (Abou Mazen), sans attendre la chute théorique du gouvernement du Hamas. L’appel d’Amir Peretz à discuter avec Abou Mazen crée une tension avec Ehoud Olmert.
Lors d’une réunion entre les deux hommes, le chef du gouvernement a reproché son «incartade» au ministre de la D»fense. Celui-ci s’est contenté de répondre :
«J’ai le droit d’exprimer mon opinion et de prêcher la reprise du processus politique comme je l’ai fait au cours de la campagne électorale». Ehoud Olmert, qui doit se rendre le 23 mai prochain à Washington, s’est contenté d’affirmer qu’il décidera de l’opportunité d’une rencontre avec le président palestinien, après son entrevue avec le president Bush. ..
En attendant, la presse israélienne cite un document signé par les «directions des prisonniers du Fatah et du Hamas dans les prisons israéliennes». Ce texte stipule que l’objectif du peuple palestinien est de former un État «sur les territoires conquis par Israël en 1967», avec Jérusalem pour capitale (le texte fait aussi référence à la question du retour des réfugiés et à celle de la libération des prisonniers). Il est évident que la direction  du Hamas installée à Damas a rejeté ce document alors que Abou Mazen le considère comme «historique» et comme représentant la base d’un consensus national. Il n’en demeure pas moins que l’accord engage réellement des personnalités du plus haut niveau du Fatah et du Hamas parmi les prisonniers. Il s’agirait, probablement, de l’indice d’un rapprochement entre les deux mouvements palestiniens.
Pour en revenir à la position d’Amir Peretz, dès sa premiere semaine au ministère de la Défense, le nouveau ministre a multiplié les réunions avec l’état-major de Tsahal et les responsables de la Sécurité. Ses prises de position ont été très remarquées. S’il a déclaré qu’il admettait «l’attaque des camps d’entraînement des Commissions populaires de résistance de Gaza», il s’est montré favorable à l’évacuation des colons installés dans des maisons palestiniennes à Hébron, ainsi qu’à l’allégement du blocus imposé en Cisjordanie à la population, en autorisant l’octroi de plus de permis de travail en Israël à des Palestiniens. Pour lui, il s’agit, pour renforcer les actions contre ceux qui préparent des actes terroristes, de réagir avec vigueur contre la colonisation illégale et de soutenir les éléments modérés au sein de l’Autorité palestinienne.
Shimon Shifer, le spécialiste militaire du quotidien Yediot Aharonot, affirme que «le nouveau ministre n’a pas craint de faire preuve d’indépendance» et que «toutes les demandes d’actions contre des objectifs dans la bande de Gaza n’ont pas été approuvées». Les remarques d"Amir Peretz ont été accueillies par les responsables des forces de sécurité avec une grande attention, et ceux-ci ont relevé «son solide bon sens et ses instincts très aiguisés».
Sur le plan budgétaire -le budget 2007 est en cours d’adoption-, Amir Peretz refuse tout licenciement d’ouvriers dans l’industrie militaire : «Comment concilier la défense du drapeau social avec la défense du budget de la Défense?». Pour lui, le souci de la sécurité est prioritaire, mais il affirme qu’une économie dans le budget de la défense ne peut aller qu’à des objectifs sociaux.,
Dans la réalité, l’essentiel des relations entre Ehoud Olmert et Amir Peretz tourne autour de la décision stratégique des deux partenaires privilégiés de la coalition gouvernementale de fixer les frontières définitives d’Israël. Pour l’instant, ils sont tous deux d’accord sur l’objectif, mais différents sur les moyens d’y arriver. Ehoud Olmert assure qu’il n’y a pas de partenaire palestinien pour la négociation alors que Peretz est convaincu que Abou Mazen est en mesure d’imposer un accord final qu’il pourra soumettre à un référendum populaire. Pour Amir Peretz, il faut donc renforcer le Président palestinien face au gouvernement du Hamas. D’autant que la communauté internationale n’acceptera jamais la fixation d’une frontière définitive avec les Palestiniens par le biais d’un «retrait unilatéral». Le chef du gouvernement est lui-même hésitant et un autre spécialiste des problèmes du Proche-Orient, Amos Harel du quotidien Haaretz, rappelle: «Ehoud Olmert n’a-t-il pas promis au moins six mois au cours desquels il s’engage à essayer de remettre sur les rails la «Feuille. de route», avant la reprise de décisions unilatérales?».
Actuellement, Amir Peretz est décidé à aider la population palestinienne et à alléger sa détresse économique quotidienne par des gestes concrets (déblocage de fonds pour l’achat de médicaments, amélioration du fonctionnement des points de passage entre Gaza et Israël, reprise des échanges commerciaux, paiement des salaires des fonctionnaires). Pour démontrer sa confiance dans la négociation à ouvrir avec les Palestiniens, Amir Peretz reste intraitable. Il s’oppose à la protection de sa résidence à Sdérot contre les tirs de Kassam venant de Gaza : «Il refuse un renforcement de la protection de sa maison et veut que, sa famille et lui-même subissent le sort courant des habitants de la petite ville frontière de Gaza», remarque Amos Harel.

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