Périscope : Ambiguité

Les manifestations populaires contre l’occupation israélienne prennent de l’ampleur en Palestine, alors que le président Yasser Arafat est toujours emprisonné dans son quartier général de la Mouqataâ. À Ramallah, où se situe ce QG, les Palestiniens multiplient les concerts de casseroles et les démonstrations bruyantes pour réclamer la libération de leur chef.
Les Palestiniens de la rue ayant été progressivement dessaisis de leur deuxième Intifada avec sa «militarisation», ce type de manifestations populaires est en train de se généraliser et de prendre de l’ampleur. Malgré la volonté affichée de soutenir le président de l’Autorité palestinienne, le sort de celui-ci n’est pas vraiment au centre de ces manifestations. Elles sont loin de lui refléter un soutien inconditionnel.
En fait, le vieux leader fait face à une fronde au sein même de son propre camp. L’ancien ministre des Relations avec le Parlement, Nabil Amr, a claqué la porte pour réclamer des réformes au sein de l’Autorité palestinienne et pour exiger, ni plus ni moins, la fin du règne de Yasser Arafat. Amr n’est pas seul. D’autres dirigeants palestiniens cherchent à créer un leadership alternatif. Le président palestinien fait face à une opposition sans précédent. Sous la pression des députés, son gouvernement avait été contraint de démissionner, et l’on s’acheminait vers l’élection d’un Premier ministre, ce qui aurait pour conséquence directe la limitation du rôle politique du président.
Aujourd’hui, avec le siège de la Mouqataâ, cette option est suspendue. Ce siège apparaît comme un ballon d’oxygène dont n’osait plus rêver Yasser Arafat. En lançant son opération, Sharon a-t-il offert à son vieil ennemi, de plus en plus décrié, le moyen inespéré de mettre sur la touche ses opposants? L’évaluation n’est pas si simple. Si d’un côté, le siège renforce Arafat en obligeant les Palestiniens à se souder autour de lui, de l’autre côté, cela l’affaiblit puisqu’on voit bien qu’on ne peut plus rien espérer d’un leader encerclé par des bulldozers.
Y a-t-il un lien entre le siège de la Mouqataa et la poursuite des réformes des institutions palestiniennes ? La question mérite d’être posée puisque l’on se rend compte que l’ambiguïté de l’action militaire israélienne remet en selle l’ennemi qu’Israël proclame «hors-jeu».
En tout état de cause, ce faux débat ne doit en aucun cas occulter la vraie question, celle de la cause palestinienne qui transcende les spéculations et replace l’analyse dans sa dimension et son contexte historique.

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