Périscope : Casse

Les dirigeants arabes, conscients qu’ils n’ont pas les moyens de s’opposer aux visées américaines en Irak, tentent tant bien que mal de limiter la casse. Ils se réunissent donc sans illusion dans un sommet qui risque plus de les diviser que de rapprocher leurs points de vue, comme on a pu le constater lors de la réunion de leurs ministres des Affaires étrangères au Caire. Hosni Moubarak ne s’en cache d’ailleurs pas en soulignant que les Arabes n’ont ni les moyens politiques ni militaires pour éviter cette frappe programmée de longue date.
Ce défaitisme dégage des relents de dégoût dans la mesure où, derrière ce genre de sorties, l’on comprend aisément que ce qui compte pour certains dirigeants de pacotille c’est surtout la survie de leurs régimes corrompus. C’est ce qu’ils veulent dire en croisant les doigts et en espérant que le prix de cette guerre ne sera pas trop lourd pour eux, tout en continuant à maudire Saddam Hussein, source de tous les soucis qui les empêchent de dormir. Cette fuite en avant explique leur refus de convoquer un sommet extraordinaire, présidé par un pays arabe qui fait partie du camp anti-américain, préférant un sommet ordinaire sous la présidence d’un pays acquis aux thèses les plus proches de celles défendues par les alliés de l’Administration Bush.
Dans tous les cas, la majorité des pays arabes préfèrent se passer carrément d’un sommet qui risque de se transformer en forum de dénonciation de l’unilatéralisme américain. Cette ligne de fracture illustre parfaitement l’antagonisme des intérêts des uns et des autres rendant encore plus actuelle la dimension obsolète de l’Arabité dans sa définition originelle et l’incongruité de la Charte de la Ligue arabe, qui n’a pas su s’adapter à l’évolution du monde, surtout depuis la fin de la guerre froide. Il est tout à fait anormal que seul le monde arabe n’évolue pas, alors que le reste de l’humanité connaît, bien qu’à des degrés divers, une évolution radicale depuis la disparition de l’empire soviétique.
Ce monde se révèle de plus en plus étanche à tout progrès, maintenant les peuples arabes sous le joug de gouvernements totalitaires plus soucieux de se maintenir au pouvoir qu’à répondre aux aspirations légitimes d’une population assoiffée de démocratie. Voilà où nous sommes en aujourd’hui. Ce monde sera balayé, guerre en Irak ou pas, Etats-Unis ou pas. À moins qu’il n’ait l’intelligence de s’adapter à travers l’instauration des Etats de droit, seule alternative pour se réconcilier les peuples.

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