Périscope : Deux poids, deux mesures

Baghdad salue l’exemple de Pyongyang qui défie Washington sur son programme nucléaire. Il demande aux Arabes de réviser leur comportement vis-à-vis des Etats-Unis, comme l’a fait la Corée de Nord, pour se faire respecter par eux.
Même si l’approche irakienne concernant cette crise n’est pas exempte d’opportunisme, le programme nucléaire de Pyongyang illustre, effectivement, les contradictions de la politique américaine à l’égard de deux pays, tous logés sous la même enseigne d’Etats voyous. Le programme nucléaire nord-coréen, un pays considéré par George Bush comme faisant partie de « l’axe du mal », n’arrange pas les affaires américaines.
Car, pour les mêmes raisons, l’Administration américaine se prépare à envahir l’Irak. Il y a quelques jours, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, déclarait que « les Etats-Unis étaient capables de mener deux guerres régionales et de les gagner ». La démarche globale de l’administration Bush, en matière de lutte contre les dictatures se dotant d’armement nucléaire, voudrait ainsi que l’Irak et la Corée du Nord soient traités de la même manière et avec la même détermination. Il n’en est rien. D’un côté, une date est pratiquement arrêtée pour déloger Saddam Hussein et, de l’autre, une patience sans limites. Or, il est évident que le danger nord-coréen est bien supérieur à celui que représente Baghdad.
Aujourd’hui, Pyongyang est capable d’anéantir un pays comme la Corée du Sud. Une provocation de la Corée du Nord serait ainsi beaucoup plus dangereuse. D’où cette patience dont fait preuve Washington, face aux surenchères de Pyongyang, qui est aux antipodes de la fixation faite sur l’Irak. Force est de relever donc la différence des tactiques américaines vis-à-vis de l’Irak et de la Corée du Nord. Pourquoi tant de concessions face à la course à l’armement de Pyongyang ? Les raisons de cette étonnante patience sont multiples et, à la limite raisonnables. État tampon entre Pékin et Séoul, la Corée du Nord est aussi l’allié du Pakistan avec qui elle coopère depuis des années dans le domaine nucléaire militaire. Sa position géostratégique, combinée avec sa force de frappe nucléaire, donne à réfléchir avant d’engager un quelconque conflit armé.
La coïncidence et la similitude des crises irakienne et nord-coréenne soulèvent bien des questions, quant à la cohérence de la diplomatie américaine. Car, si la « guerre préventive » vaut pour Baghdad, pourquoi ne le serait-elle pas pour Pyongyang ?

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