Périscope : Dissoudre le Peuple

La politique de concorde nationale initiée par Bouteflika devait ramener la paix sociale en Algérie. Au contraire, la guerre civile s’est radicalisée. On recense aujourd’hui près de 200.000 morts depuis 1992. Elle s’est aussi aggravée par la révolte kabyle, en désobéissance civile depuis 2001.
Dans le sillage de la synergie engagée par les Kabyles, la contestation a gagné l’ensemble de l’Algérie et pris une ampleur nationale. Alors que les foyers d’émeutes se multiplient, en signe de rejet d’une consultation électorale jugée truquée d’avance, le président algérien a choisi de se réfugier en Espagne, sans doute pour déplacer les contradictions de son régime et se donner à l’extérieur une légitimité dont il n’a jamais pu jouir chez lui.
À quoi sert-il ? La question posée par des journalistes algériens a pris une dimension rhétorique, tant la presse algérienne répond en choeur : à rien. Pourtant, il résiste. Il survit. Il gagne du temps sur le dos des Algériens. Il traîne les pieds, alors que la situation ne cesse de se dégrader dans tout le pays, au point que la presse a du mal à couvrir l’ensemble des foyers de tensions.
Cette même presse décrit les Algériens comme étant un peuple qui vomit toute la haine contenue, depuis son indépendance, devant les symboles de sa « hogra », de son exploitation et de sa clochardisation. Un peuple qui cherche par tous les moyens à se défaire de ses faux élus corrompus, de ses pseudo-gouvernants, des héritiers des colons, des nouveaux seigneurs et des saigneurs de toujours, comme l’écrit si bien l’éditorialiste de « Quotidien d’Oran ».
Selon lui, tous ces gens sont issus du même moule, du même système de cooptation, de sélection occulte et de fraudes électorales. C’est pourquoi aucun scrutin ne répond aux attentes des Algériens. Encore une fois, les élections pour les mairies et les assemblées départementales d’aujourd’hui n’ont aucune chance de trouver grâce à leurs yeux.
Pourtant, Bouteflika persiste. Au lieu de prendre exemple sur ce qui se passe tout près de chez lui, il s’entête à vouloir façonner l’Algérie à sa manière, quitte à sacrifier davantage d’Algériens. En clair, disait un observateur, «Bouteflika, au lieu de partir, serait assez d’accord avec Bertolt Brecht pour dissoudre le peuple, puisqu’il refuse de cautionner sa politique».

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