Périscope : Hégémonie

L’Irak ne présentant aucune espèce de menace, ce qui est actuellement en cause dans ce conflit, dont la dimension artificielle ne fait plus de doute, c’est bien une guerre d’hégémonie des Etats-Unis qui ne cachent plus leur volonté de dominer le Moyen-Orient.
L’Administration Bush vient d’enregistrer un échec cuisant devant le Conseil de sécurité, ce qui était prévisible, car les inspecteurs en désarmement des Nations unies n’ont cessé de répondre qu’ils n’ont rien trouvé de suspect et qu’ils ont besoin de temps. C’était donc joué d’avance. Mais, faut-il pour autant pousser cet avantage trop loin sans risquer d’humilier une Amérique qui risque de réagir de manière hiératique ?
En effet, s’il est utile de faire pièce à l’unilatéralisme de l’Administration Bush, il faut également éviter que ne s’éternise le processus d’inspection sous peine de se retrouver sans objet. La situation actuelle ne peut durer indéfiniment. Ce n’est dans l’intérêt ni du peuple irakien, en proie à un embargo qui fait durer ses souffrances, ni dans celui de la recherche d’une solution durable à la menace réelle ou supposée que représenterait Saddam Hussein. Mais, il faut le faire dans le cadre de la légalité internationale. Si les Etats-Unis agissaient sans l’aval de l’ONU, ce serait le début de l’effondrement du système multilatéral né après la Deuxième Guerre mondiale. Il faut tout faire pour rester dans ce cadre. Un monde multipolaire sert aussi les intérêts des Etats-Unis. Reste à en convaincre l’Administration Bush qui cherche à pallier l’érosion de sa puissance économique, par une plus grande maîtrise des richesses du Moyen-Orient.
L’opinion publique, y compris américaine, n’en veut pas. Aux quatre coins du monde, des millions de manifestants sont descendus dans la rue pour donner plus de chance à la paix. Une mobilisation rarement atteinte pour une cause aussi controversée. Les esprits sont dopés par le rapport des chefs des inspecteurs en désarmement de l’Irak et, du coup, la traditionnelle cohésion des Occidentaux vole en éclats et accule l’Administration américaine à la défensive, sans les amener pour autant à moins d’arrogance.
Le grand champ d’interrogation a désormais trait à ses choix. Ira-t-elle en guerre contre l’avis du reste de l’humanité ? C’est à un nouveau type de rapports de force que l’on assiste, entre une superpuissance qui ne se fixe plus aucune limite et un certain nombre d’alliés traditionnels, devenus soudain indélicats, voire, comme le soutient Donald Rumsfeld, ingrats. Le sort de l’Irak serait-il déjà scellé ?

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