Périscope : Jusqu’au-boutisme

Aux cris de «non à la guerre», plusieurs manifestations ont été organisées le week-end dernier aux Etats-Unis pour protester contre une éventuelle frappe américaine en Irak. Les manifestants, qui ont défilé dans plusieurs Etats, scandaient des slogans tels que «pas de sang pour le pétrole», comme pour attirer l’attention sur les enjeux réels de la fixation que se fait Washington sur Bagdad.
Depuis toujours, L’Irak a été l’exutoire des frustrations pétrolières américaines. Et il ne se passe pas un jour sans que Bush ne réclame la tête de Saddam Hussein, qu’il considère comme un obstacle à détruire pour récupérer l’Irak et ses immenses gisements. Les avis convergent sur un point : le pays de Saddam Hussein demeure potentiellement le deuxième producteur mondial de pétrole et dispose des réserves les plus importantes après l’Arabie Saoudite.
Le pétrole irakien demeure l’un des plus compétitifs du monde. «On n’a besoin pour l’extraire d’aucune technologie spécifique, les gisements sont connus, peu profonds, en zone semi-désertique, et le capital humain sur place demeure de grande qualité», relève un expert qui précise que «les capacités de raffinage américaines sont très sophistiquées, elles permettent de traiter tous les types de pétrole, et notamment le brut irakien». Si les Etats-Unis décident de mettre 100 milliards de dollars et plus dans une guerre en Irak, c’est qu’ils savent pouvoir en recueillir le retour sur investissement très vite.
À plusieurs reprises, l’intrusion des Etats-Unis dans les affaires irakiennes a toujours coïncidé avec un virage de leur stratégie énergétique. L’Amérique ne se contente plus d’une part du gâteau, elle le veut entier, l’angoisse de la pénurie la presse. Washington ne se privera pas de faire mainmise sur l’une des plus grandes provinces pétrolières du monde. Voilà pourquoi le jusqu’au-boutisme américain braque la communauté mondiale, y compris les plus proches alliés de Washington.
Certains parmi eux, comme le Canada ou l’Allemagne, mais aussi la France, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, se dissocient ouvertement du bellicisme affiché par Bush, craignant qu’une action militaire unilatérale américaine ne porte un coup fatal à l’ONU et déstabilise tout le Moyen-Orient. Désormais, «qui m’aime me suive» est la nouvelle doctrine des Etats-Unis. Équilibre international ou pas, il faut renverser Saddam Hussein, désarmement ou pas.

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