Périscope : Le massacre ivoirien

Malgré les déclarations du Premier ministre, qui annonce une offensive imminente, les mutins semblent bien motivés pour garder l’initiative en Côte d’Ivoire. Ils affirment même que leur principal objectif reste Abidjan, dont ils veulent s’emparer pour renverser le gouvernement. Ils disposent pour cela de beaucoup d’armes. Ils sont disciplinés. Et ils évitent les pillages qui accompagnent habituellement la moindre vacance de pouvoir en Afrique.
La capitale économique de la Côte d’Ivoire est l’objectif déclaré des mutins. Ils assurent s’y être infiltrés. Plus question pour eux de s’arrêter en chemin du moment qu’ils se présentent comme des redresseurs de torts. Surtout qu’à l’origine de leur mouvement, il y aurait la rencontre entre des frustrations d’une partie de l’armée ivoirienne et des intérêts étrangers. Les troupes de mutins sont constituées d’Ivoiriens de différentes ethnies et confessions ; ce qui leur permet de légitimer leur mouvement sans lui conférer un caractère tribal.
L’organisation du putsch, visant des objectifs militaires en trois points différents et la progression des mutins sur le terrain, laisse peu de place au doute : ils sont des professionnels de carrière. Ils ont un sens certain de la stratégie militaire et disposent d’armements lourds. Sous contrôle de leurs chefs, les hommes de troupe se sont jusqu’à présent bien conduits avec la population. En l’absence de visage politique, l’incertitude plane sur leurs vrais desseins à long terme. N’empêche qu’ils s’expriment en militaires, avec des objectifs à défaut de programme politique. Ils sont loin d’être un mouvement de va-nu-pieds bien que l’on ne connaisse ni leurs intentions, ni leurs commanditaires.
Bref, les Ivoiriens se distinguent désormais en matière de putschs en inventant ce que le chanteur Alpha Blondy appelle «la fusilcratie». Neuf ans après la mort d’Houphouét-Boigny, la Côte d’Ivoire est une nation en miettes. Le «Vieux», comme l’appelaient affectueusement les Ivoiriens, avait mis en place un système patriarcal et clientéliste fondé sur la redistribution de la rente et la corruption.
Les notables du régime se partageaient l’argent du cacao et les sièges de députés à l’Assemblée nationale. Ce système est aujourd’hui en faillite. Le pays est déchiré. Cette fracture est exploitée par la classe politique, ce qui crée de dangereux blocages.

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