Périscope : L’exception turque

Les électeurs turcs étaient appelés hier aux urnes pour un scrutin décisif. L’enjeu de la consultation ne les concernait pas seuls. Ces législatives anticipées étaient suivies avec une attention particulière par l’Union européenne, à laquelle la Turquie veut adhérer, ainsi que par les Etats-Unis qui ont fait de ce pays un allié stratégique au Moyen-Orient, incontournable dans la frappe qui se prépare contre l’Irak.
Il était acquis que les partis qui formaient la coalition gouvernementale sortante allaient subir les retombées de la crise économique récurrente dans laquelle est plongé le pays depuis longtemps. Les Turcs ont envie de changement. Exploitant ce ressentiment contre l’ordre établi, les Islamistes étaient donnés comme principaux bénéficiaires de ce vote protestataire.
L’U.E. suit avec une attention particulière les résultats de ces élections car elle est appelée à prendre dans six semaines des décisions cruciales sur l’adhésion de ce pays à l’édifice européen. Un caractère trop prononcé de la victoire des Islamistes, qui pourrait entraîner une réaction négative de l’armée turque, ne manquera pas de braquer davantage une Europe déjà fortement hostile à l’Islam et aux Musulmans.
La Turquie, seul Etat musulman laïc, est contrôlée par une armée qui s’oppose à tout changement dont elle n’a pas la maîtrise. En fait, ce pays vit un coup d’Etat permanent et légal, car l’armée contrôle l’Etat et les institutions par le biais d’une constitution taillée à sa mesure.
La particularité de l’Etat turc réside dans le fait que l’exécutif, le judiciaire et le législatif sont contrôlés par l’armée, alors que dans un Etat totalitaire classique, le chef se confond avec le Parti. Autrement dit, dans ce pays, la structure politique est muselée par la constitution car les trois pouvoirs ne sont plus indépendants.
Aujourd’hui, ce système est en crise. Il ne peut ni se réformer, ni continuer ainsi. Les contradictions internes en Turquie menacent le pays d’implosion. La laïcité et la démocratie sont un échec du point de vue même des institutionnalistes. Car, en refusant le pluralisme ethnique (droits Kurdes) et politique (partis islamistes), il montre ses limites et son incapacité à enraciner ses valeurs. Il agit comme si la moindre concession menacerait sa survie.

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