Périscope : Manipulation

Dans un ultime effort pour éviter la guerre, plusieurs milieux, dont des alliés arabes des Etats-Unis, examinent la possibilité d’une éviction du président irakien Saddam Hussein. L’initiative serait saoudienne et consisterait à donner des garanties d’amnistie à des membres du pouvoir irakien pour les pousser à évincer leur président.
L’Administration Bush se montre de plus en plus irritée par le manque de ferveur de ses alliés arabes à qui elle demande plus d’engagement à ses côtés, pour isoler Saddam Hussein. D’ailleurs, c’est dans le but de ne pas déplaire aux Etats-Unis que des pays comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite refusent de réunir un sommet arabe qui risque de se transformer en une tribune de dénonciation de la politique belliciste américaine. Ils préfèrent agir en direction de l’équipe dirigeante irakienne, qui pourrait présenter une solution de rechange à l’option militaire. Ces pays espèrent ainsi rester dans les bonnes grâces de Washington et, pourquoi pas, tirer profit d’une crise qui risque de se révéler fatale pour leur pérennité. Vrai ou pas, ce genre de rumeurs fausse le jeu et renforce l’arsenal de la désinformation qui ouvre la voie à l’agression. Une guerre des mots qui relève de procédés simplistes mais efficaces. On a pu le constater à l’occasion de la prestation de Colin Powell devant le Conseil de sécurité. Ses accusations contre le régime irakien s’appuyaient sur des sources invérifiables, fournies par des services secrets qui espionnent bien sûr, mais ont aussi la charge de manipuler l’opinion et de désinformer.
En dehors du fait que Saddam Hussein n’est digne d’aucune confiance et qu’il est un menteur invétéré, les preuves apportées par le Secrétaire d’Etat américain ne résistent pas à l’analyse. Aussi grossière qu’elle soit, la tactique américaine s’est montrée efficace. En peu de temps, l’idée que Bagdad possède des armes de destruction massive a fait son chemin. Elle s’est imposée aujourd’hui comme vérité absolue, la plupart des journalistes qui matraquent l’opinion à longueur de journée oublient le plus souvent de préciser que cette affirmation n’est que supposée. Même la mission des inspecteurs des nations unies subit une interprétation sournoise : il ne s’agit plus de vérifier si l’Irak possède des armes chimiques, biologiques et nucléaires, mais de savoir si ces inspecteurs sont assez habiles pour débusquer Saddam Hussein et trouver ce qu’il cherche, forcement, à cacher.
Contrairement à d’autres guerres menées par l’Administration Bush, la manipulation dans le cas irakien est facilement repérable. Car, aux Etats-Unis même, le scepticisme perce dans le débat public.

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