Périscope : Menaces

Les appels à une mobilisation contre le terrorisme se multiplient à travers le monde, après l’horreur suscitée par le carnage de Bali. Il y a consensus autour du principe que le meurtre arbitraire d’innocents ne doit en aucun cas servir d’alibi pour justifier une quelconque aspiration ou cause. Une fois de plus, le terrorisme a frappé de la façon la plus abjecte, la plus lâche, la plus sauvage et la plus gratuite. À l’évidence, les réseaux terroristes sont engagés dans un Jihad planétaire.
Après l’Afghanistan et l’Occident, le front s’installe en Asie, loin de ses foyers les plus marquants. Des signes avant-coureurs avaient laissé présager cette évolution à travers l’attentat contre le pétrolier français au large des côtes yéménites et l’agression de soldats américains au Koweït et aux Philippines. En frappant en Indonésie, les terroristes s’inscrivent dans un combat mondial tout en ciblant minutieusement leurs objectifs.
À travers Bali, ils visent à priver ce pays, dont l’économie est moribonde, de ses ressources touristiques. Affaiblir davantage un Etat dont la population est majoritairement musulmane, pour créer, à terme, une communauté islamique intégriste. En outre, le fait de frapper l’île de Bali visait plusieurs cibles en une seule. C’est à la fois atteindre les touristes occidentaux qui viennent «salir la terre d’Islam» et défier un gouvernement infâme qui a osé porter une femme à sa tête. Mais, c’est aussi déstabiliser Bali, enclave hindouiste dans un pays à 90% musulman. Si les réseaux terroristes conservent encore une énorme capacité de nuisance, ce n’est pas une raison pour condamner tous les Musulmans et les rendre collectivement t responsables. En se trompant d’ennemi, on fait perdurer le danger.
Lutter efficacement contre le terrorisme, c’est d’abord s’attaquer à ses origines. En faisant de l’Irak de Saddam Hussein l’ennemi numéro 1 du moment, l’administration américaine déplace volontairement la vraie contradiction : celle du danger réel, immédiat, celui qu’il faut combattre en priorité, les causes profondes qui expliquent l’existence même de ce terrorisme, ses commanditaires et ceux qui en profitent directement. Escamoter ces raisons ne fait pas avancer le débat, retarde les échéances et augure de nouvelles victimes innocentes d’une guerre sans nom, mais aux dimensions planétaires.

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