Périscope : Morale universelle

La paix est-elle possible en Irak ? Apparemment non. La guerre serait même imminente, à croire Richard Perle, l’influent conseiller du Pentagone, qui affirme qu’elle va commencer prochainement et que «les Etats-Unis seront en mesure d’avoir la situation en main, en l’espace de 30 jours».
La conseillère du président George Bush soutient, de son côté, que «même si Saddam Hussein a travaillé pour nous, il est temps de se débarrasser de lui» ajoutant que les forces américaines contrôleront l’Irak pendant un «certain temps».
Les jeux seraient donc d’ores et déjà faits ; c’est ce que Washington confirme tous les jours en refusant aux inspecteurs des Nations unies de faire leur travail jusqu’au bout, même s’il est envisagé qu’un délai supplémentaire leur soit accordé. La guerre contre le régime irakien est programmée depuis longtemps, et le passage par le Conseil de sécurité passe désormais pour une simple mise en forme.
Les Etats-Unis sont donc en train de «mettre en oeuvre des moyens puissants, écrasants, pour venir à bout d’un pays dont on ne voit pas, de façon précise, ce qu’on lui reproche». Cette remarque qui reflète le réalisme politique de la tradition gaulliste d’un homme de la dimension de Raymond Barre vient nous rappeler que même si Saddam Hussein est un fasciste de la pire espèce, il n’est plus en mesure d’inquiéter sérieusement ses voisins. Contrairement à d’autres dont il faudrait peut-être s’occuper en priorité, comme Israël ou la Corée du Nord.
On sait que la frappe contre Baghdad vise à assurer aux Etats-Unis un pétrole bon marché et à profusion. Mais, il n’y a pas que ça. L’Administration américaine veut s’implanter solidement au Proche-Orient pour en avoir le contrôle direct. Israël, même consolidé, ne suffit plus à museler une région à la fois riche par son sous-sol qui est fragilisé par la nature de ses habitants, pour la plupart des Arabes, et de sa religion, l’Islam.
Partant de ce raisonnement, ce n’est pas Saddam Hussein et son régime qui sont ciblés, mais bien l’Irak, «la Prusse du Proche-Orient», qui va leur permettre de rayonner sur l’ensemble de cet espace que les Etats-Unis n’ont jamais réussi à régenter durablement. Washington ne compte vraisemblablement pas s’arrêter à si bon chemin. Selon les proches conseillers du président américain, des changements politiques devraient aussi intervenir en Iran, en Syrie et en Libye, en vertu d’une «morale universelle» dont les Etats-Unis revendiquent la paternité pour justifier leur monopole de la violence.

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