Périscope : Panne de réformes

Le nouvel an a commencé en Algérie avec des tueries d’une rare violence. Plus de cinquante personnes ont trouvé la mort dans une seule embuscade où des bombonnes d’acétylène ont été utilisées. Encore une nouveauté dans la violence endémique qui secoue ce pays.
Le début 2003 ne déroge donc pas à la règle. La crise s’aggrave même avec, en toile de fond, la radicalisation de la contestation sociale qui vient de paralyser la Kabylie où la grève générale et la désobéissance civile sont devenues des phénomènes récurrents des effets induits de cette crise qui perdure, depuis son déclenchement en avril 2001. La dégradation de la situation économique et sociale est largement incriminée dans l’explosion du terrorisme, du crime et de la délinquance, souvent difficile à dissocier, malgré une augmentation des effectifs de répression de l’ordre de 120 % en 2002.
Les statistiques sur les crimes et les assassinats collectifs de civils désarmés donnent des frissons. Durant la même année 2002, il y a eu au moins un homicide par jour, en dehors des opérations terroristes. Pour rester dans les chiffres, l’ampleur de la fuite des cadres algériens vers des pays plus cléments donne des vertiges : 400.000 en quatre ans. L’Algérie se vide de ses fils les plus prometteurs pour qui leur pays d’origine est devenu plutôt pénalisant pour les compétences et où la qualité est devenue un handicap.
Cela fait plus de neuf ans que « le Club des Pins », la zone résidentielle protégée, réservée à la nomenklatura, est interdite d’accès même à des Algériens de leur stature intellectuelle. Plus du Tiers de la population algérienne a basculé dans la pauvreté. Ainsi, onze millions d’Algériens, sur trente et un millions d’habitants, ont été projetés dans la marge.
Un ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a résumé en ces termes la situation qui prévaut aujourd’hui dans son pays : « Un contexte où se conjuguent la violence, les zones de non-droit, les difficultés économiques et les impasses politiques ».
Malgré la gravité de la situation, le régime ne donne aucun signe d’ouverture et reporte aux calendes les réformes promises. En choisissant la surenchère sécuritaire il montre ses limites et s’enferme dans l’impasse. Adossé à la manne pétrolière, le pouvoir des généraux ne semble pas vraiment s’en préoccuper.
On continue donc à comptabiliser les morts. À mettre les Kabyles et les autres opposants dans les prisons et à mépriser souverainement les doits de l’homme.
L’année en cours ressemble étrangement aux autres, car même le désarmement idéologique n’est pas pour 2003.

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