Périscope : Recette de grandes difficultés

«Le débat est clos, le temps de l’action arrive». C’est en ces termes que les néoconservateurs américains réagissent aux propos de leur Exécutif, qui, sans détour, expose les raisons pour lesquelles il veut chasser Saddam Hussein sans autre forme de procès.
Affirmer que le débat est clos, c’est aller vite en besogne. L’administration américaine, n’a pas encore l’aval du Congrès et n’a pas en main tous les leviers pour agir. Il n’arrive même pas à convaincre son secrétaire d’Etat du bien-fondé de sa position sur l’Irak.
Silencieux depuis plusieurs semaines sur la question, Colin Powell a fini par lâcher une phrase qui en dit long sur ce qu’il pense : «Nous avons besoin d’un débat au sein de la communauté internationale». Plusieurs prises de position sont venues réconforter la démarche de Colin Powell: la France, la Russie et la Chine, notamment, ont rappelé leur hostilité à toute frappe décidée unilatéralement et réaffirmé que seule une résolution de l’ONU pouvait légitimer une guerre contre l’Irak. Selon un dernier sondage, 51% seulement des Américains sont favorables à une frappe, contre 70 % au mois d’août.
Même les pays du Golfe, y compris le Koweït, que les Etats-Unis disent vouloir prémunir contre le danger irakien, expriment collectivement leur opposition à une éventuelle offensive militaire contre Bagdad: le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) a adopté, au terme d’une réunion tenue mardi en Arabie saoudite, une résolution rejetant «toute action militaire contre un quelconque pays musulman ou arabe, y compris l’Irak, et leur attachement aux résolutions du sommet arabe de Beyrouth».
C’est une prise de position respectable que les pays arabes,objet de toutes les convoitises, pourraient promouvoir dans leurs relations internationales. Mais, elle n’a pas suffi à refroidir les élans bellicistes de l’administration américaine qui continue à claironner que « la question irakienne concerne la sécurité des Etats-unis » et que les réticences internationales, en Europe et dans le monde arabe, tomberont d’un coup dès que Bush affichera sa volonté d’y aller. Tabler sur ces impondérables est certainement la recette pour de grandes difficultés.

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