Périscope : Saddam dos au mur

Saddam Hussein dispose de moins d’une semaine pour adopter formellement la résolution 1441 et 30 jours pour fournir la liste complète de ses programmes d’armes de destruction massive. Tout faux pas ouvre la voie à des représailles, c’est-à-dire à une attaque militaire. La résolution adoptée par le Conseil de sécurité est impitoyable dans ses conditions et dans son calendrier. Le compte à rebours a commencé vendredi propulsant l’Irak dans la phase la plus dangereuse de son bras de faire avec les Etats-Unis.
La logique de survie du régime de Saddam Hussein voudrait qu’il adopte un profil bas pour éviter une frappe américaine. Mais, comment plier sans perdre la face ? C’est ce dilemme corneillien que doit relever le leader irakien pour qui toute reculade signifie défaitisme et partant provoquer sa chute. Ciblant l’Irak avec la puissance potentielle des Etats-Unis, l’Administration Bush a poussé toute l’humanité à s’intéresser à un régime qui n’empêchait personne de vaquer à ses occupations jusqu’à ces derniers jours.
La machine de guerre américaine est lancée et il ne fait aucun doute que l’Irak sera envahi au risque de rejeter dans la nébuleuse intégriste ce qui reste des résidus du nationalisme arabe laïc et des débris des courants arabes aspirant au progrès et à la modernité. Les Américains vont se retrouver face à une incroyable déstabilisation de tout le Moyen-Orient, où les succès des partis islamistes aux élections traduisent un sentiment anti-occidentale de plus en plus profond.
À terme, la superpuissance américaine va s’embourber dans la profondeur du monde arabe, avec le regain d’intensité prévisible du terrorisme, qui va désormais se réclamer d’une nouvelle légitimité. La suite, nous la prévoyons. Elle sera dramatique. La démesure américaine fait le jeu de l’intégrisme et de son prolongement, le terrorisme. Ou bien la communauté internationale adopte un comportement responsable et ferme à l’égard de Washington, ou bien on risque de se retrouver dans un monde dominé par le rapport de forces et donc ouvert sur tous les dérapages possibles et imaginables. Il ne faut plus que le langage de la force domine les rapports internationaux et conditionne le jeu politique mondial.
La négociation doit redevenir l’instrument fort des rapports entre Etats afin que l’ONU continue d’être respectée comme organisme incontournable des relations internationales. S’il faut vraiment faire la guerre, on doit éviter de la faire à partir des arguments cavalièrement développés par Bush.

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