Pinochet : l’impunité par la mort

Belle sortie du général Augusto Pinochet. L’ex-dictateur chilien est décédé dimanche 10 décembre alors que le monde entier célébrait la Journée mondiale des droits de l’Homme,  droits qu’il a totalement bafoués après sa prise de pouvoir suite à son coup d’Etat du 11 septembre 1973 au cours duquel le président socialiste démocratiquement élu, Salvador Allende, a trouvé la mort.
Le général est mort d’une crise cardiaque dans son lit d’hôpital. Il avait été hospitalisé d’urgence le 3 décembre à la suite d’un infarctus.
Pendant les 17 années de son règne, il dirigea un régime brutal qui a coûté la vie à près de 3.200 morts et disparus, indique un rapport officiel. En dépit des multiples poursuites judiciaires lancées contre lui depuis 1998, Augusto Pinochet est mort sans être traduit en justice, et ce en raison de sa santé fragile.
Après l’annonce du décès de l’ex-dictateur, des milliers de Chiliens sont descendus dans les rues de Santiago pour fêter sa mort, pendant que 2.000 sympathisants et partisans se sont réunis devant son hôpital, pour se recueillir sur son âme. Selon une source officielle, des incidents ont éclaté dans la soirée à proximité de La Moneda, le palais présidentiel et ce lorsque la police a voulu arrêter un groupe de manifestants. Au moins six policiers ont été blessés et plusieurs personnes appréhendées.
Pour arrêter les manifestants, les forces de l’ordre chiliennes ont dû utiliser des jets d’eau et des grenades lacrymogènes alors que les manifestants leur jetaient des bouteilles et des pierres.
Les violences ont, par la suite, gagné les quartiers périphériques de la capitale où les manifestants ont incendié des barricades et au moins trois véhicules, selon les forces de l’ordre, qui ont également signalé des coups de feu. Selon le sous-secrétaire du ministère de l’Intérieur, Felipe Harboe, d’autres villes ont enregistré des cas de violence, notamment Valparaiso, la ville natale de l’ex-dictateur.
Les funérailles de l’ancien dictateur chilien sont prévues pour ce mardi à Santiago. Pinochet, homme qui été l’instigateur de la répression la plus sanglante de l’Histoire du Chili, sera porté en terre avec les honneurs militaires conformément à la décision du gouvernement de centre gauche.
Le vice-président de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), Luis Guillermo Perez, a regretté qu’il soit mort sans avoir été jugé, estimant toutefois que sa «condamnation morale » a déjà été faite par le peuple chilien. «Même les conservateurs chiliens ont compris » qui était Pinochet, «un criminel contre l’humanité», a-t-il ajouté. «La mort du général Pinochet devrait servir à une prise de conscience des autorités chiliennes et des gouvernements ailleurs (dans le monde), et leur rappeler l’importance de la célérité de la justice pour les crimes contre les droits de l’homme, à laquelle Pinochet lui-même a échappé», a déclaré une porte-parole de l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme Amnesty International. Sa mort ne doit pas mettre un point final aux poursuites initiées contre les instigateurs de l’atroce répression qu’il a ordonnée : Amnesty International appelle les autorités chiliennes à déclarer la loi sur l’amnistie nulle et procéder à des enquêtes et à la poursuite de tous ceux qui sont impliqués dans les milliers de cas de disparition, de torture et d’exécution sommaires durant la période où il était au pouvoir».

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