Pour Sarkozy et Aubry, l’année 2009 sera sociale ou ne le sera pas

Même l’oiseau de mauvais augure le plus talentueux n’aurait pas pu prévoir que Nicolas Sarkozy, «le président du pouvoir d’achat», l’homme qui avait promis d’aller «chercher la croissance avec les dents» terminerait l’année dans des conditions politiques aussi catastrophiques et des perspectives économiques aussi peu reluisantes. Il est vrai que la crise financière et économique mondiale, dont l’onde de choc est partie de New York, a tout dévasté sur son chemin, des secteurs entiers de l’économie menacent de s’effondrer, le chômage qui menace d’atteindre des records inédits. Tandis que sur le plan politique, les quelques petits replâtrages imposés dans l’urgence par une actualité galopante comme la nomination de Patrick Devedjian ministre de la Relance économique et Yazid Sabeg, commissaire chargé de la diversité, ne parviennent pas à cacher les craquements de plus en plus bruyants de tout l’édifice gouvernemental. Six mois d’une présidence européenne flamboyante, dont presque trois sous la prise directe d’une crise mondiale, ont permis à Nicolas Sarkozy de prendre de la hauteur, d’étoffer son profil international. De dynamo infatigable de la toute nouvelle Union pour la Méditerranée à interlocuteur européens unique des géants américain et chinois, Nicolas Sarkozy n’a pas eu beaucoup le temps de retomber dans les vicissitudes d’une vie politique hexagonale, trop étroite pour ses ambitions. Jusqu’à ce que la magique calèche européenne se transforme en citrouille française. Cela coïncide avec des crises de plus en plus visibles que traversent les icones de la diversité que sont Rachida Dati, ministre de la Justice et Rama Yade secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme qui vivent dans la douleur leur mue et leur indépendance. Cela s’aggrave avec les premiers coups de freins donnés à la dynamique de réforme, le projet sur le travail de dimanche est vidé de sa substance, la réforme des lycées, jadis portée avec une fierté entêtée par Xavier Darcos, est renvoyée aux calendes grecques, la réforme de France Télévisions qui voit la publicité disparaître, votée dans la douleur, ressemble davantage à une amère pilule.
En 2009, alors que s’imposerait comme une évidence le changement du Premier ministre François Fillon qui avait plus brillé dans l’actualité par sa sciatique et son accident d’avion raté que par une quelconque initiative ou déclaration historique, la refondation de l’équation gouvernementale deviendra un enjeu majeur qui ne tolère aucune improvisation. Nicolas Sarkozy aura en face de lui Martine Aubry, la toute nouvelle première secrétaire du Parti socialiste. Il est vrai que son sacre s’est fait dans la douleur face à la prétendante naturelle et charismatique qu’est Ségolène Royal. Il est tout aussi vrai que l’année 2009 et l’inévitable récession qui se profile à l’horizon lui donnent tout loisir de déployer la palette de ses talents. Même si elle avait rêvé d’une stratégie différente, Martine Aubry se trouve contrainte d’obliger le Parti socialiste à occuper le terrain social, de gauchir d’avantage son discours et ce pour au moins trois raisons principales. La première est de limiter la marge de manœuvre à la concurrence interne au sein du PS menée par Ségolène Royal qui demande à ses fidèles d’agir comme s’il étaient aux commandes du parti. La seconde raison est de tenter de mettre fin à la dangereuse ascension d’hommes comme Olivier Besancenot qui, porté par l’atmosphère de crise qui étrangle l’économie, grignote des parts de marché dans le grand bazar de l’opposition. La troisième est l’indispensable nécessité de s’opposer frontalement à Nicolas Sarkozy, l’unique manière de créer un leadership socialiste capable de préparer l’alternative en 2012.
Pour toutes ces raisons, Martine et Nicolas auront de nombreuses occasions de croiser le fer. Tout indique que la rue a de fortes chances de se transformer en grand théâtre d’affrontements entre un président verrouillé sur la logique de la réforme et une opposante mal élue, obligée de s’opposer pour exister en face des ses pairs. Le duo d’un homme qui entame la vraie période de sa probable réélection et une femme qui passe le vrai grand examen de sa carrière, s’annonce croustillant 

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