Pour un syndicaliste au pouvoir

Pour un syndicaliste au pouvoir

Dans le quotidien Haaretz, le journaliste Aviram Golan commence par citer une déclaration de Ehoud Barak, ancien président du Conseil travailliste, candidat à la présidence de son parti politique : «Si le parti travailliste élit à sa présidence Amir Peretz, député-secrétaire général du syndicat Histadrout, ce sera le signe que notre parti aura renoncé à revenir au pouvoir».
Le journaliste interroge : Quelles vérités se cachent derrière cette formule, derrière cette arrogance de Barak ? S’agit-il à tout prix de sa nostalgie du pouvoir ? S’agit-il de la manière bizarre dont lui, et un grand nombre de ses amis voient la vie politique ? S’agit-il d’un jeu de forces militaires, opérationnel dans son essence, avec un vainqueur et un vaincu ? Certainement, répond-il, rien de plus !
Que se passera-t-il au lendemain de la victoire de Peretz, semble donc se demander Barak ? Simplement: Après moi le déluge !….
Cette vision faussée n’a pourtant pas mené le parti travailliste (Avoda) très loin, au cours des dernières années. Depuis le grand chamboulement de 1977 – l’année où les électeurs lui ont exprimé, sans ambages leur dégoût, en donnant la majorité parlementaire à Menahem Begin, leader de la Droite nationale (Herout) -, les deux grands partis Avoda (travailliste) et Likoud (droite) sont devenus des jumeaux.
Lorsque Itshac Rabin, a pris la tête du gouvernement (1992), l’espoir est né à nouveau. Le parti travailliste a représenté une alternative, on seulement sur le plan politique, mais encore sur le plan idéologique. Car, malgré ses liens avec des hommes d’affaires et du capital israéliens, Itshac Rabin va lier son plan de paix (Accord d’Oslo), à une politique de justice sociale.
Certes le parti travailliste jusqu’à son assassinat l’avait suivi, «en avalant le pouvoir et en jetant le contenu idéologique». Plus tard, Ehoud Barak, élu à la présidence du Conseil, va essayer de promouvoir la paix dans «une voie dure et louvoyants». Le parti est apparu comme « un parti de pouvoir» qui porte bien haut la paix, mais continue à accepter des constructions dans les colonies et à flatter les colons, sans proposer d’autre alternative sociale ou économique à la politique du Likoud.
 Le parti travailliste -un parti de gauche allié à Sharon- a plusieurs postulants pour sa présidence, principalement des anciens généraux de l’armée. Ceux-ci ont pourtant participé, précise le journaliste Golan à la construction et au développement des colonies. D’autant que le public israélien les voit «comme une boîte dont personne ne veut et le parti travailliste (Avoda) ne représentant aucune solution politique, ni à la corruption ni surtout à l’action socio-économique».
Tout cela ne s’applique pas à Amir Peretz. Certes, Barak aurait peut-être, raison de dire : «Peretz n’a pas de chance immédiate de devenir un chef de gouvernement». Mais il se trompe grandement, en ne comprenant pas que le syndicaliste, d’origine marocaine, représente, selon le journaliste : « la seule chance des travaillistes (Avoda) de se définir comme une alternative sociale, afin d’éviter sa disparition».
Certes, Peretz n’est pas parfait. Il n’est pas, encore, un dirigeant assez charismatique pour guérir le public de la facilité de faire appel, d’abord, à d’anciens généraux pour assurer le pouvoir.
Même en tenant compte de sa carrière, seulement et purement civile, il représente une génération et un environnement social et syndical que le parti travailliste aurait intérêt à porter à sa tête : « il est le seul candidat à ne pas avoir honte de parler de socialo-démocratie, représentant le remplacement de la vision du Monde ultra libéral de Benyamin Netanyahou ». Car, il est le seul à pouvoir redonner leur place aux classes défavorisées ou moyennes, à mettre fin aux licenciements massifs, aux salaires de misère et aux menaces contre « le travail organisé»…
En outre, Amir Peretz a toujours été et reste dans l’aile la plus «colombe» du parti. Son avantage sur nombre de ses amis «colombes» étant de n’avoir jamais eu à sacrifier ses préoccupations sociales au détriment de la paix à laquelle il tient tant. Il estime qu’une société faible et pauvre a tendance à préférer l’illusion de la force et de la haine, à un accord avec les Palestiniens. L’option Peretz apparaît, ainsi, la seule crédible face à Netanyahou qui veut établir une muraille de séparation entre Israël et ses voisins dans un éternel conflit contre les Palestiniens, en brandissant la menace terroriste. «Tout cela en se servant d’une société de travailleurs apeurés et exploités, par un groupe de riches dirigeants le pays». Amir Peretz ne pourra, peut-être pas ramener le parti travailliste au pouvoir. Mais il pourra en faire un parti d’opposition combative, offrant au public un espoir.
La vie politique israélienne se trouve à un croisement, particulièrement périlleux, face à la poursuite de l’occupation militaire, à la pauvreté et à la corruption, et face à tous les partis politiques qui se ressemblent dans leur seul appétit du pouvoir.
Sans tenir compte à aucun moment de l’élection probable de Shimon Peres, – bien qu’il soit âgé de 82 ans-, le journaliste du journal Haaretz affirme : «Si le parti travailliste, dans sa hâte de revenir au pouvoir à tout prix, renonce à l’option de Amir Peretz – et à l’espoir, nouveau et immense, qu’il représente- il signera de sa main sa disparition de la scène politique». En attendant, l’élection du président du parti travailliste sera reportée de 2 semaines ou de 2 mois, mais les résultats des sondages se confirment : Shimon Peres 28 %, Amir Peretz 24 %, Ehoud Barak 18%, Fouad Ben Eliezer 12 %, Aman Vilnaï 8 %… Le groupe des trois généraux accuse le civil syndicaliste d’avoir manipulé la liste des membres du parti en y incluant des adhérents à la Histadrout.
Ils entendent interdire la confusion des postes de député et de secrétaire général de la Histadrout (syndicat), avec l’appui du Likoud, du général Sharon pour affaiblir la position de Amir Peretz.

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