Première étape vers une autorisation du voile à l’Université

Les députés turcs devaient entériner mercredi un amendement constitutionnel qui permet le port du voile dans les universités, un projet controversé qui divise la Turquie musulmane mais laïque et mécontente à la fois les laïcs et les religieux. Le projet de révision du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, et du parti d’opposition nationaliste MHP suscite des inquiétudes dans les milieux laïques qui pensent qu’il pourrait déboucher sur la légalisation du voile dans d’autres espaces publics (administrations, écoles, etc..), ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Ces deux partis disposent de la majorité nécessaire des deux tiers des voix (367 sur 550) à l’Assemblée pour modifier la loi fondamentale. Un deuxième vote devra avoir lieu samedi pour finaliser la révision qui fait partie d’une nouvelle Constitution promise par l’AKP depuis son écrasante victoire aux élections législatives de l’an dernier.
Le projet a suscité une levée de boucliers dans les milieux très attachés au principe de laïcité, particulièrement dans l’armée, la magistrature et l’administration universitaire qui considèrent le port du foulard comme un signe ostentatoire d’appartenance à l’islam politique. Le vice-président de la Cour de cassation, Osman Sirin, a affirmé lundi que son institution interviendrait juridiquement au nom du respect du principe de la laïcité contre le projet. «Il a été dit qu’il était absolument inacceptable que le Conseil des ministres (…) affaiblisse directement ou via de nouveaux arrangements le principe de la laïcité, qui constitue une valeur fondatrice de la République», a-t-il déclaré. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, un ancien islamiste, considère l’affaire ultra-sensible sous l’angle des «libertés individuelles» tout comme son ex-numéro deux, Abdullah Gül, qui a accédé l’an dernier à la présidence de la République après une grave crise institutionnelle. Pour le parti kémaliste et tous les pro-laïques, l’adoption par le Parlement de cette mesure risque d’ouvrir la voie à une islamisation rampante de la société turque en l’utilisant comme pression religieuse sur les femmes qui ne portent pas le voile. Samedi 125.000 manifestants ont dénoncé le projet à Ankara au mausolée du père fondateur de la Turquie laïque, Atatürk.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *