Proche-Orient : Les clivages internes bloquent toutes les initiatives de paix

Proche-Orient : Les clivages internes bloquent toutes les initiatives de paix

Washington abritera, en novembre prochain, une Conférence internationale de paix sur le Proche-Orient à laquelle participeront, outre Israéliens et Palestiniens, de nombreux pays arabes modérés, à commencer par l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie et le Maroc. Convoqué par le président américain George Bush, ce «Madrid Bis» a pour objet essentiel l’examen de l’initiative de paix adoptée par la Ligue arabe lors de son Sommet de Riyad les 28 et 29 mars dernier. Ce plan prévoit la normalisation des rapports entre Israël et le monde arabo-musulman moyennant la création d’un Etat palestinien, avec Jérusalem Est pour capitale, le retrait israélien sur les frontières du 5 juin 1967 et une solution juste de l’épineux problème des réfugiés. La volonté quasi-unanime de  la communauté internationale de mettre un terme au conflit israélo-palestinien contraste avec les divisions qui affectent profondément les deux peuples concernés. Jamais ceux-ci n’ont connu de tels clivages internes paralysant plus ou moins le fonctionnement de leurs institutions respectives et entravant les efforts de ceux de leurs dirigeants qui œuvrent en faveur d’une relance du processus de paix.
Du côté palestinien, la rupture semble être consommée entre le Fatah et le Hamas depuis la conquête de la bande de Gaza par le mouvement intégriste le 15 juin dernier. Les affrontements sanglants entre les deux mouvements ont eu raison de l’existence du gouvernement d’union nationale palestinien constitué en application des Accords de la Mecque signés le 18 février 2007. Usant de ses prérogatives de président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas a limogé le Premier ministre Ismaïl Haniyeh, membre du Hamas, et son gouvernement, pour nommer un nouveau cabinet dirigé par le très modéré Salem Fayyed. Avec pour conséquence l’émergence de deux entités distinctes, d’une part la Cisjordanie, aux mains du Fatah, d’autre part Gaza, fief du Hamas. C’est un clivage infiniment plus profond et dérangeant que les précédentes divisions au sein du camp palestinien entre « direction extérieure », celle de l’OLP à Tunis, et «  Palestiniens de l’intérieur ». Des divisions auxquelles le retour de Yasser Arafat en Palestine, après la signature des Accords d’Oslo en 1993, avait mis un terme.
Les divisions au sein de la société palestinienne, soigneusement médiatisées, ne doivent pas faire oublier que la société israélienne est également affectée par des clivages qui dépassent très largement l’opposition classique entre droite et gauche ou entre «Faucons» et «Colombes».
Un analyste de la politique intérieure israélienne a rapporté une petite phrase attribuée par le quotidien populaire Maariv au Premier ministre israélien Ehoud Olmert , à savoir que son ministre des Transports et rival à la tête de Kadima, Shaül Mofaz, d’origine iranienne, était un «second David Lévy» originaire du Maroc. Ce commentaire  a suscité trois réactions. La première réaction a été de rappeler  aux lecteurs de Maariv qu’il y a eu jadis un homme politique du nom de David Levy.  La deuxième réaction a été d’y voir une odeur désagréable de racisme et d’arrogance comme si le «Russe» Ehoud Olmert estimait que «l’Iranien» Mofaz n’était pas un adversaire digne de lui. La troisième réaction a été de mettre l’accent sur la diminution constante de la représentation des communautés séfarades et orientales parmi les dirigeants israéliens de premier plan.
Ce phénomène contraste avec la période 1996-2006  au cours de laquelle de nombreux politiciens séfarades avaient pu accéder à des postes élevés dans la quasi-totalité de tous les gouvernements.  A tel point que  la période 1996-2006 a été considérée comme la «décennie des Séfarades». Dans le gouvernement Netanyahou, de 1996 à 1999, le ministre de la Défense Yitzhak Mordekhaï ( kurde irakien) était séfarade tout comme le ministre des Affaires étrangères David Lévy,
d’origine marocaine, ou le ministre des Finances Méir Shetrit et Shlomo Ben Ami, le successeur de Lévy à la tête de la diplomatie israélienne au sein du gouvernement Barak.  Dans son premier gouvernement d’Ariel Sharon, entre 2 001 et 2003,  le Likoudnik Sylvan Shalom, d’origine tunisienne, était ministre des Affaires étrangères, Méir Shetrit ministre de la Justice et le travailliste Fouad Benyamin Ben Eliezer, venu d’Irak,  était ministre de la Défense. Dans le second gouvernement Sharon, Sylvan Shalom avait conservé son poste et un autre Séfarade, l’Iranien Shaül Mofaz, avait pris la Défense.
Dans le gouvernement Olmert, un seul séfarade a occupé un poste clef, le Marocain Amir Peretz, à la fois ministre de la Défense et chef du Parti travailliste. Au fil des dernières années, les responsables séfarades ont été éliminés de la direction des grands partis de droite et de gauche et doivent se contenter de postes mineurs auxquels ils se cramponnent tant bien que mal. Même si l’Iranien Shaül Mofaz, ministre des Transports, et le Marocain  Méir Shetrit, ministre du Logement,  ne cachent pas leur volonté de briguer la place de Ehoud Olmert, avec moins de chances de succès que les ashkénazes Tsippi Livni, Ronny Bar On et Ehoud Barak.
La sous-représentation du « Second Israël » prive  le pays de dirigeants venus de communautés ayant fait l’expérience fructueuse de la multiséculaire cohabitation harmonieuse entre Juifs et Arabes, une expérience dont doit s’inspirer l’actuel processus de paix.  C’est le cas tout d’abord des originaires du Maroc restés fidèles à leurs racines. Et cela crée un clivage social et politique aux conséquences incalculables.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *