Produits alimentaires : Les prix vont rester élevés durant la prochaine décennie

Les prix agricoles vont demeurer à des niveaux très élevés au cours de la prochaine décennie, même s’ils devraient progressivement redescendre des sommets atteints ces derniers mois, qui ont provoqué des émeutes en Afrique, dans les Caraïbes et en Asie.
Riz, maïs, blé: les prix des denrées alimentaires de base ont récemment battu des records, mais «cette situation ne durera pas», selon une étude conjointe de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture (FAO).
La hausse «spectaculaire» des prix observée depuis 2005/2006 tient notamment à une météo peu propice dans les grandes régions de production céréalière, à des stocks mondiaux «peu abondants» ou à la vogue des biocarburants, analysent les deux organisations.
Certains de ces facteurs ayant un «caractère ponctuel», les prix sont «appelés à descendre progressivement», même s’ils «resteront en moyenne plus élevés à moyen terme que pendant la décennie écoulée», ajoute l’étude.
Par rapport à la moyenne des prix de la période 1998/2007, l’OCDE et la FAO prévoient pour la décennie 2008-2017 «une augmentation de 20% environ pour la viande bovine et porcine, de quelque 30% pour le sucre brut et le sucre blanc, de 40% à 60% pour le blé, le maïs et le lait écrémé en poudre».
Sur la même période, la hausse serait «de plus de 60% pour le beurre et les graines oléagineuses et de plus de 80% pour les huiles végétales».
Car si l’offre devrait être accrue par «l’augmentation ininterrompue des rendements», la demande restera dynamisée par «la modification des pratiques alimentaires, l’urbanisation, l’essor économique et la croissance démographique» dans les pays en développement et la soif de biocarburants.
De ce fait, «les marchés céréaliers devraient rester tendus jusqu’en 2017», selon le rapport, pour qui «la production mondiale d’éthanol va marquer des progrès rapides et atteindre quelque 125 milliards de litres en 2017, soit deux fois plus qu’en 2007».
La production mondiale de riz devrait quant à elle «faire un bond de l’ordre de 10% d’ici à la fin de la période 2008-2017, favorisée par des récoltes plus abondantes dans les pays d’Asie du Sud et du Sud-Est».
«Les prix élevés se traduisent par des gagnants et des perdants», pointe l’étude. S’ils profitent à «beaucoup de producteurs agricoles dans les pays développés comme dans les pays en développement», «bon nombre d’agriculteurs des pays en voie de développement ne sont pas reliés aux marchés et ne tireront gère d’avantages, voire aucun, de la montée actuelle des prix».
Et «pour les pauvres, en particulier dans les zones urbaines des pays en développement importateurs nets de produits alimentaires, la situation va s’aggraver».
Selon la Banque mondiale, cette envolée des prix de l’alimentation et du pétrole a plongé 100 millions de personnes dans la misère. Les deux organisations estiment qu’une «augmentation de l’aide humanitaire s’impose pour réduire les incidences négatives des hauts niveaux de prix sur les plus démunis».
A long terme, soulignent l’OCDE et la FAO, «l’offre agricole est confrontée à des incertitudes et à des obstacles quant à la superficie des nouvelles terres susceptibles d’être mises en culture». Le changement climatique pourrait «entraîner des baisse de rendements, et l’amenuisement de l’approvisionnement en eau conduit à prévoir que des régions entières seront abandonnées».
«Des investissements publics et privés, dans l’innovation et l’accroissement de la productivité agricole, en particulier dans les pays en développement, contribueraient à élargir la base de production et diminueraient le risque de nouvelles variations brutales des prix des produits de base», conclut le rapport.

• Erwan Jourand ( AFP)

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