Prudents espoirs au sujet de Betancourt

Les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont confirmé dimanche la mort de leur chef historique, fondateur de cette guérilla marxiste en 1964, et annoncé l’élection de son successeur Alfonso Cano, considéré comme l’idéologue des Farc et comme un modéré.
La nomination d’Alfonso Cano «me remplit d’espoir car c’est la meilleure décision qui puisse avoir été prise par les Farc en ce qui concerne les otages», a expliqué lundi Astrid Betancourt, la soeur de l’otage retenue depuis plus de six ans dans la jungle colombienne.
«Cela montre que les Farc ont choisi de poursuivre la voie de l’option politique par rapport à l’option guerrière qui a déjà conduit à la libération unilatérale de six otages» depuis janvier par l’intermédiaire du président vénézuélien Hugo Chavez, a-t-elle estimé.
«Très affaiblie militairement et en butte à une forte démobilisation des troupes, les Farc ont besoin d’un sortie politique. C’est pour cela qu’ils ont négocié avec M. Chavez», analyse pour sa part l’universitaire Daniel Pécaut, spécialiste de cette guérilla.
Il souligne que la guérilla a perdu trois de ses chefs au mois de mars: Manuel Marulanda, Raul Reyes tué dans un raid de l’armée colombienne en Equateur, et Ivan Rios, tué par l’un de ses gardes du corps. Reste à savoir si Alfonso Cano «va pouvoir s’imposer dans ce contexte d’affaiblissement» face notamment à la ligne dure de la guérilla dont les chefs craignent d’être éliminés s’ils sortent de la clandestinité, relève M. Pécaut.
«La nomination d’Alfonso Cano ouvre des portes mais il faut être très prudent», estime aussi Fabrice Delloye, ex-mari et père des enfants d’Ingrid Betancourt.
«On sait que Cano est pressé par l’armée et il risque d’avoir du mal à maintenir son leadership», explique-t-il. Le président français Nicolas Sarkozy a appelé dès dimanche à la prudence. «Des choses se passent», a-t-il dit, appelant à la discrétion et «à faire le moins de déclarations possibles» pour ne pas nuire aux otages.
Le chef de la diplomatie Bernard Kouchner avait auparavant affirmé que l’annonce d’une nouvelle direction des Farc donnait un «grand espoir». Mais il s’était aussi inquiété des risques que feraient courir aux otages une éventuelle opération militaire. M. Uribe a de son côté affirmé que des chefs de la guérilla étaient prêts à se démobiliser et à libérer des otages dont Mme Betancourt. Ces dirigeants, selon lui, «seraient remis aux autorités françaises pour qu’ils puissent profiter dans ce pays de leur liberté».
Toutefois, pour Astrid Betancourt, le président colombien tente à nouveau de «semer la confusion» car, selon elle, «il n’a jamais été question d’une reddition des Farc» dans le cadre d’un accord passé sous l’égide de la communauté internationale.
La France a répété à plusieurs reprises qu’elle était prête à accueillir des guérilleros actuellement emprisonnés pour faciliter un accord humanitaire. Les Farc entendent échanger 39 otages dits «politiques» dont Ingrid Betancourt, ex-candidate à la présidentielle colombienne, et trois Américains, contre 500 guérilleros emprisonnés.

• Ingrid Bazinet (AFP)

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